Friedrich Hayek : biographie, idées et héritage
Friedrich Hayek (1899-1992), prix Nobel 1974, a montré que les prix transmettent un savoir dispersé et a fait de la liberté sous la loi le cœur de son œuvre.

Qui était Friedrich Hayek ?
Friedrich Von Hayek est né en 1899 à Vienne en Autriche dans une famille d’intellectuels. Son père était professeur de botanique, sa mère faisait partie de la noblesse autrichienne et il était le cousin issu de germain du philosophe Ludwig Wittgenstein.
Après l’obtention de deux doctorats en Droit et en Sciences politiques dans les années 1920, il devient professeur à l’Université de Vienne. Il effectue également un séjour à New York où il devient assistant du professeur Jeremiah Jenks et suit des cours à l’Université de Columbia et à la New School for Social Research. Là, il a l’opportunité de rencontrer d’autres économistes tels qu’Irving Fisher ou encore John Bates Clark, grâce à des lettres de recommandation de Joseph Schumpeter.
De retour en Europe en 1924, il fonde en 1927 à Vienne, avec Mises, l’Institut autrichien de recherche sur la conjoncture, puis part en 1931 enseigner en Angleterre à la London School of Economics jusqu’en 1950. Sa participation à de nombreux colloques lui permettra de se bâtir une réputation bien que ses théories soient souvent mal perçues par les partisans de Keynes, majoritaires à l’époque.
De 1950 à 1962, il enseigne outre-Atlantique à l’Université de Chicago puis revient en Europe, à Fribourg, en Allemagne où il passe sa retraite.
En 1974, il est distingué du Prix Nobel de Science économique pour « ses travaux pionniers dans la théorie de la monnaie et des fluctuations économiques et pour son analyse de l’interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels ».
Friedrich Hayek continuera à défendre ses idées même à un âge très avancé, notamment grâce à la société de pensée qu’il avait fondée plusieurs années auparavant.
Il meurt le 23 mars 1992 à l’âge de 92 ans, à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne.

Quelle est la théorie économique de Friedrich Hayek ?
Friedrich Von Hayek n’était pas uniquement un économiste pur et dur. En effet, il s’intéressait aussi à l’histoire, la politique, la science et la philosophie. Grand défenseur du libéralisme, Hayek a constamment combattu les théories de John Maynard Keynes. Pour Hayek, les politiques de relance keynésiennes, basées sur le financement public ne font qu’augmenter l’inflation, le chômage, et l’assistanat. D’après la pensée de Ludwig von Mises, qui a énormément influencé Hayek, l’analyse macroéconomique de Keynes n’est pas pertinente.
Contrairement à d’autres économistes, Hayek n’appliquait pas l’idéologie libérale à l’économie seule, mais aussi à tous les pans de la vie en société et à l’être humain en général.
Selon Hayek, la société s’organise selon un ordre spontané qui découle de l’expérience des Hommes à vivre en commun et s’adapte au fur et à mesure que cette expérience grandit. L’ordre social n’a pas à être imposé, il se forme seul, comparable à un « darwinisme social ». Friedrich Hayek défend avec ardeur, par ce concept d’ordre spontané, l’idée de la liberté qui lui tient à cœur et qu’il oppose au constructivisme. Selon lui l’ordre construit, imposé, ne prend pas en compte la dimension imprévisible des Hommes et leur libre-arbitre ce qui mène au totalitarisme dont il a horreur et qu’il a combattu sous deux formes, le communisme et le nazisme.
Toujours dans cette notion de liberté, Hayek défend l’idée selon laquelle le droit devrait être au centre de la constitution d’un État. Pour l’économiste, les règles de droit devraient assurer à tous la protection de leurs droits individuels et de ce fait garantir la liberté de tous dans un système où chacun connaît ses droits et ceux des autres.
Mais Hayek déplore les ravages de l’État Providence défendu par Keynes, qui laisse de côté le droit pour les privilèges individuels. Le peuple devient dépendant des interventions répétées de l’État qui lui fait perdre toute autonomie. Il considère que la démocratie illimitée est un système défaillant qui conduit à la démagogie et doit être encadré par des règles de droit fortes.
Tout au long de sa vie, Friedrich Hayek portera des critiques virulentes sur le socialisme au profit du capitalisme et du libéralisme.
Quelles sont les œuvres de Friedrich Hayek ?
- Hayek F. Prix et production, 1931
- Hayek F. La route de la servitude, 1944
- Hayek F. L’utilisation de l’information dans la société, 1945
- Hayek F. L’ordre sensoriel. Une enquête sur les fondements de la psychologie théorique, 1952
- Hayek F. Scientisme et science sociale, 1953
- Hayek F. La constitution de la liberté, 1960
- Hayek F. Droit, législation et liberté. Règle et ordre, 1973
- Hayek F. Droit, Législation et Liberté. Le mirage de la justice sociale, 1976
- Hayek F. Droit, Législation et liberté. L’ordre politique d’un peuple libre, 1979
- Hayek F. La présomption fatale. Les erreurs du socialisme, 1988
Friedrich Hayek en résumé
Friedrich Hayek (1899-1992) est un économiste et philosophe autrichien, naturalisé britannique en 1938, figure de l’école autrichienne et prix Nobel d’économie en 1974. Il a d’abord expliqué les crises par un crédit trop abondant qui fausse les taux d’intérêt et désoriente l’investissement. Il a ensuite montré que le savoir utile à l’économie est dispersé entre des millions de personnes et que les prix de marché servent à le faire circuler, ce qui rend la planification centrale impraticable. Il a enfin bâti une philosophie politique de l’ordre spontané, de l’État de droit et de la limitation du pouvoir.
- Naissance : 8 mai 1899 à Vienne (Autriche-Hongrie)
- Mort : 23 mars 1992 à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne)
- Nationalité : autrichienne, puis britannique à partir de 1938
- Courant ou école : école autrichienne d’économie, libéralisme classique
- Œuvres principales : La Route de la servitude (1944) ; La Constitution de la liberté (1960) ; Droit, législation et liberté (1973-1979)
- Distinctions : prix Nobel d’économie 1974 (partagé avec Gunnar Myrdal) ; Compagnon d’honneur britannique (1984) ; médaille présidentielle de la Liberté (États-Unis, 1991)
- Idée la plus connue : les prix transmettent un savoir dispersé qu’aucun planificateur ne peut rassembler
Quel a été le parcours de Friedrich Hayek ?
Friedrich August von Hayek naît le 8 mai 1899 à Vienne. Son père, August von Hayek, est médecin et botaniste, chargé de cours de botanique à l’université ; par sa mère, il est le cousin issu de germain du philosophe Ludwig Wittgenstein. En 1917, il rejoint un régiment d’artillerie austro-hongrois et combat sur le front italien ; il dira plus tard que la guerre a décidé de son intérêt pour l’organisation des sociétés.
À l’université de Vienne, il obtient un doctorat en droit en 1921 et un doctorat en sciences politiques en 1923. Il fréquente le séminaire privé de Ludwig von Mises, dont le livre Le Socialisme (1922) le détourne du socialisme modéré de sa jeunesse. Entre 1923 et 1924, il est à New York assistant de recherche de Jeremiah Jenks, de l’université de New York. Rentré à Vienne, il fonde avec l’aide de Mises l’Institut autrichien de recherche sur la conjoncture, qu’il dirige jusqu’à son départ pour Londres.
En 1931, Lionel Robbins, qui dirige l’économie à la London School of Economics, l’invite à Londres pour opposer une autre analyse à celle de Cambridge. Ses conférences deviennent Prix et production. La même année, il critique durement le Traité sur la monnaie de John Maynard Keynes ; Keynes charge Piero Sraffa de lui répondre. Après l’Anschluss de 1938, Hayek refuse de rentrer dans une Autriche annexée par l’Allemagne nazie et devient sujet britannique.
En 1950, il quitte la LSE pour le Committee on Social Thought de l’université de Chicago. Il y écrit La Constitution de la liberté, publiée en février 1960. De 1962 à 1968, il est professeur à l’université de Fribourg-en-Brisgau, puis à celle de Salzbourg de 1969 à 1977, avant de revenir à Fribourg. Le prix Nobel de 1974, partagé avec le Suédois Gunnar Myrdal, aux idées opposées, le sort d’un long isolement. En 1988 paraît La Présomption fatale, dont la part exacte qui lui revient est discutée, l’auteur étant alors très âgé.
Quelles sont les idées clés de Friedrich Hayek ?
Le cycle né du crédit. Dans Prix et production (1931), Hayek reprend la théorie de l’école autrichienne issue de Mises : quand la banque centrale et les banques maintiennent le taux d’intérêt sous le niveau que fixerait l’épargne volontaire, les entreprises lancent des investissements longs que les ménages ne sont pas prêts à financer. Le boom repose sur une mauvaise allocation du capital, et la crise est le moment où elle se révèle. Pour Hayek, la sortie passe par l’ajustement des prix et l’arrêt de l’excès de crédit, non par une nouvelle injection de monnaie. Le comité Nobel a salué en 1974 ces travaux pionniers sur la monnaie et les fluctuations économiques.
Le savoir dispersé et le rôle des prix. Dans « Economics and Knowledge » (1937), puis « L’utilisation de l’information dans la société », paru dans l’American Economic Review en 1945, Hayek part d’un constat : la connaissance des circonstances de temps et de lieu n’existe nulle part sous forme rassemblée. Le prix résume cette information et la transmet à des gens qui n’ont pas besoin d’en connaître la cause. En 2011, la revue l’a classé parmi les vingt articles majeurs de son premier siècle.
L’impossibilité pratique de la planification. Hayek prolonge l’argument du calcul économique de Mises. En 1935, il publie Collectivist Economic Planning, recueil des textes de ce débat, puis répond au socialiste Oskar Lange, qui pensait qu’un bureau central pourrait trouver les bons prix par tâtonnement. Pour Hayek, le problème n’est pas mathématique mais tient à l’information : aucun organe central ne peut connaître ce que savent les acteurs dispersés. Voir la planification centralisée et le socialisme de marché.
Ordre spontané et État de droit. Hayek nomme catallaxie l’ordre du marché, un système de coopération volontaire. La liberté suppose selon lui des règles abstraites, connues d’avance et valables pour tous, plutôt que des ordres visant des résultats particuliers ; c’est le sens de l’autorité de la loi. Il en tire, dans Droit, législation et liberté, sa critique de la « justice sociale », qu’il juge vide de sens dans un ordre où personne ne distribue les revenus.
La concurrence des monnaies. En 1976, Hayek propose de retirer aux États le monopole d’émission de la monnaie et de laisser des banques privées émettre des monnaies concurrentes : les utilisateurs choisiraient la plus stable. Pour lui, une banque centrale, monopole public, ne peut ni réunir l’information nécessaire pour doser la quantité de monnaie, ni résister aux pressions politiques en faveur de l’inflation.
Une œuvre en contexte : La Route de la servitude (1944)
Hayek écrit le livre à Londres pendant la guerre, inquiet de voir l’université britannique tenir le fascisme pour une réaction du capitalisme au socialisme. Sa thèse est inverse : nazisme et communisme ont la même racine, la volonté de diriger l’économie selon un plan unique. Un plan exige un accord sur les fins que la société ne possède pas : il faut donc l’imposer, et soumettre peu à peu la vie privée à l’administration. L’ouvrage est dédié « aux socialistes de tous les partis » : il ne vise pas des adversaires, mais des démocrates sincères qu’il croit engagés sur une pente.
Publié par Routledge en mars 1944, puis par les presses de l’université de Chicago en septembre, le livre connaît plus de succès aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. En avril 1945, le Reader’s Digest en publie une version abrégée qui le fait lire bien au-delà des universitaires. Keynes écrit à Hayek qu’il est, moralement et philosophiquement, d’accord avec presque tout le livre. On oublie souvent qu’il y admet un minimum de ressources garanti à tous et une assurance sociale contre les risques que peu de gens peuvent couvrir seuls.
Quelles critiques et quels débats l’œuvre de Friedrich Hayek a-t-elle suscités ?
Une théorie des crises contestée. Keynes, Sraffa, puis John Hicks, Frank Knight et Nicholas Kaldor ont attaqué la théorie hayékienne du cycle, notamment sa notion de taux d’intérêt naturel dans une économie en croissance. Lionel Robbins, qui l’avait défendue dans The Great Depression (1934), a regretté ce livre plus tard. La lecture de 1929 divise aussi les libéraux : Milton Friedman voyait dans la contraction monétaire de la Réserve fédérale la cause de l’ampleur de la crise, quand Hayek y voyait la purge d’un excès de crédit. Les keynésiens jugent qu’une telle purge aggrave la dépression.
L’évolution culturelle. Hayek explique que les règles qui ont survécu (propriété, contrat, monnaie) l’ont emporté parce qu’elles ont permis aux groupes qui les suivaient de prospérer, un argument inspiré de la sélection naturelle. Des critiques y voient une thèse invérifiable qui justifie après coup ce qui existe.
Démocratie, Chili et justice sociale. Hayek défend une démocratie limitée par des règles générales et redoute une démocratie illimitée, soumise aux exigences des groupes dont dépend la majorité. Ses visites au Chili sous Augusto Pinochet et ses déclarations jugeant la liberté personnelle plus grande sous la junte que sous Salvador Allende lui ont été vivement reprochées ; il précisait être opposé aux dictatures comme institutions durables et n’envisager qu’une transition vers une démocratie limitée.
Un libéral, pas un conservateur. Classé à droite, Hayek a écrit en annexe de La Constitution de la liberté un texte intitulé « Pourquoi je ne suis pas un conservateur », reprochant au conservatisme de craindre le changement et de vouloir seulement freiner les évolutions. Son acceptation d’un revenu minimum assuré hors marché, réaffirmée dans Droit, législation et liberté, le distingue aussi des libertariens les plus radicaux.
Que reste-t-il de Friedrich Hayek aujourd’hui ?
L’article de 1945 sur l’information est devenu un classique de l’économie de l’information et de la théorie des mécanismes, bien au-delà de l’école autrichienne. Après la chute du mur de Berlin, ses idées ont nourri les débats sur la transition des économies planifiées. La Société du Mont-Pèlerin, qu’il cofonde en avril 1947, et l’Institute of Economic Affairs de Londres ont nourri la politique de Margaret Thatcher, qui brandit en 1975 La Constitution de la liberté devant des cadres de son parti comme l’expression de ce qu’ils devaient croire, et l’essor du néolibéralisme. Sa théorie des cycles reste minoritaire chez les économistes, mais elle a suscité un regain d’intérêt après la crise financière de 2008, notamment chez des économistes de la Banque des règlements internationaux.
Que change Friedrich Hayek pour un investisseur ou un trader ?
Hayek fournit une grille de lecture plutôt qu’une méthode. Un taux directeur maintenu très bas pendant longtemps peut alimenter des investissements et des valorisations qui ne tiennent que tant que le crédit reste bon marché ; la remontée des taux est alors le moment où les erreurs d’allocation apparaissent. Cette lecture ne dit ni quand ni jusqu’où. Son idée des prix comme signaux rappelle qu’un cours agrège une information que personne ne détient seul, ce qui invite à la modestie face aux prévisions. Sa conférence Nobel du 11 décembre 1974, « The Pretence of Knowledge », mettait en garde les économistes contre l’illusion de pouvoir piloter finement une économie : une mise en garde utile pour qui suit la politique monétaire au jour le jour.
Questions fréquentes
Qu’a apporté Friedrich Hayek à l’économie ?
Hayek a montré que les prix de marché transmettent une information dispersée qu’aucune autorité centrale ne peut réunir, ce qui fonde sa critique de la planification. Il a aussi développé une théorie des cycles fondée sur l’excès de crédit, récompensée par le prix Nobel d’économie en 1974.
Quelle est la différence entre Hayek et Keynes ?
Keynes attribue les crises à une demande insuffisante et recommande la dépense publique et la baisse des taux pour relancer l’activité. Hayek les attribue à un crédit trop abondant qui fausse l’investissement pendant le boom, et juge qu’une relance monétaire prolonge les erreurs au lieu de les corriger.
Hayek était-il conservateur ?
Non, selon lui : il se disait libéral et a écrit « Pourquoi je ne suis pas un conservateur » en 1960. Il défendait la liberté individuelle, l’État de droit et un revenu minimum garanti hors marché, tout en critiquant l’État-providence redistributif.
Quel livre lire de Hayek ?
La Route de la servitude (1944) est le plus accessible et le plus lu. L’article « L’utilisation de l’information dans la société » (1945) est court et décisif.
Pour aller plus loin
- Leçon d’économie : les limites du socialisme
- Le capitalisme libéral et le rôle de l’État
- Les autres économistes du guide des grandes théories économiques
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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