Définition de l’altruisme : concept et application économique

Qu’est-ce que l’altruisme ?
L’altruisme désigne une attitude qui consiste à vouloir faire le bien pour autrui de manière totalement désintéressée. Il s’agit d’adopter une attitude généreuse dans le but d’aider. L’altruisme est opposé à l’égoïsme et infirme les théories économiques classiques tel le libéralisme, qui prône la création de richesse personnelle.
Quel est un exemple concret d’altruisme ?
Apporter son aide de manière bénévole à une association caritative ou encore reverser une partie de sa fortune à des personnes dans le besoin relève d’actes altruistes.
Pourquoi l’altruisme ?
Faire preuve d’altruisme redonne un semblant d’humanité et de solidarité aux activités humaines qui sont parfois animées par le seul intérêt personnel et par l’appât du gain.
Quel rapport entre l’altruisme et le trading ?
L’altruisme est compatible avec le trading, voir à ce sujet l’article sur l’investissement altruiste.
L’altruisme en résumé
En économie, l’altruisme désigne le fait qu’une personne tienne compte du bien-être d’autrui dans ses choix, au point d’accepter un coût pour elle-même : donner, aider, partager sans contrepartie attendue. Le mot a été forgé, ou du moins popularisé, par le philosophe Auguste Comte au milieu du XIXe siècle, à partir de l’italien altrui, « autrui ».
L’opposition entre altruisme et pensée économique libérale, telle qu’on la présente souvent, mérite d’être nuancée : les économistes classiques comme les modernes ont fait une place à l’altruisme dans leurs analyses.
Que disait Adam Smith de l’intérêt personnel et de la sympathie ?
Adam Smith est connu pour avoir montré, dans la Richesse des nations (1776), que la poursuite de l’intérêt personnel peut servir l’intérêt général par l’échange : c’est l’idée de la main invisible. Mais avant ce livre, il publie en 1759 la Théorie des sentiments moraux, qui part d’un constat inverse : l’être humain s’intéresse spontanément au sort des autres. Smith fonde la morale sur la « sympathie », la capacité de se mettre à la place d’autrui et de partager ce qu’il ressent. Pour lui, intérêt personnel et souci des autres coexistent ; le marché n’exige pas que les gens soient égoïstes, seulement qu’ils puissent échanger librement.
Le libéralisme économique défend avant tout la liberté des échanges et la responsabilité individuelle. Il ne prescrit pas l’égoïsme : il laisse chacun libre d’employer sa richesse, y compris pour la donner. Ses critiques répondent que la logique du marché valorise l’intérêt individuel et que l’altruisme, à lui seul, ne suffit pas à corriger les inégalités, d’où leur défense de la redistribution par l’État.
Comment les économistes modélisent-ils l’altruisme ?
La théorie économique standard suppose un individu qui cherche à maximiser sa satisfaction, ou « utilité ». Rien n’interdit que cette satisfaction dépende aussi du bien-être des autres. C’est la voie ouverte par Gary Becker, prix Nobel 1992, dans un article de 1974, A Theory of Social Interactions, développé dans son Traité sur la famille (1981). Il y montre notamment, avec son « théorème de l’enfant gâté », qu’un chef de famille altruiste peut inciter même un enfant égoïste à se comporter de façon coopérative, parce que nuire à ses frères et sœurs finirait par réduire ce que le parent lui donne.
En 1990, James Andreoni propose la notion d’« altruisme impur » (warm glow) : on donne aussi pour le plaisir que procure le geste lui-même, et pas seulement pour le résultat obtenu par le bénéficiaire. Cela explique pourquoi les dons privés ne baissent pas autant que prévu quand l’État finance davantage la même cause.
Que montrent les expériences sur l’altruisme ?
L’économie comportementale a testé l’altruisme en laboratoire. Dans le « jeu du dictateur », simplifié dans sa forme actuelle par Robert Forsythe et ses coauteurs en 1994, un participant reçoit une somme et décide seul de la part qu’il donne à un inconnu, qui ne peut rien faire. La théorie de l’individu purement égoïste prédit qu’il ne donne rien. En pratique, beaucoup de participants donnent une partie de la somme, même si une part importante garde tout. Les dons augmentent par exemple quand le bénéficiaire cesse d’être anonyme. Ces résultats ne réfutent pas l’économie de marché : ils montrent que les préférences réelles sont plus riches que le modèle de l’égoïste rationnel.
Quel exemple chiffré permet de comprendre l’altruisme ?
Imaginons qu’un don de 10 euros apporte au bénéficiaire, qui en a bien plus besoin, un gain de bien-être que l’on peut évaluer à 30 euros. Si le donneur accorde au bien-être de cette personne un poids égal à la moitié du sien, le don lui « rapporte » 0,5 × 30 = 15 en satisfaction, pour un coût de 10 : il donne. Si le gain pour le bénéficiaire n’est que de 15 euros, le calcul donne 7,5 contre 10 : il ne donne pas. Les économistes représentent ainsi l’altruisme non comme une exception à la rationalité, mais comme un poids accordé au bien-être des autres dans les choix de chacun.
L’altruisme a-t-il sa place sur les marchés financiers ?
Pour un investisseur, l’altruisme apparaît sous deux formes. La première est le don, que de nombreux pays encouragent par la fiscalité. La seconde est l’investissement qui accepte, en connaissance de cause, de sacrifier un peu de rendement pour un objectif non financier : fonds solidaires, investissement socialement responsable, épargne fléchée vers des associations. Dans ce dernier cas, il est utile de bien distinguer ce qui relève de la conviction et ce qui relève de la performance, et de lire les frais et la composition réelle du fonds.
L’altruisme intervient aussi dans la théorie des jeux et dans l’étude de la coopération : la confiance et la réciprocité réduisent les coûts de transaction et rendent possibles des échanges que des agents purement méfiants n’oseraient pas conclure.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre altruisme et générosité ?
La générosité désigne le fait de donner largement. L’altruisme insiste sur le motif : agir pour le bien d’autrui sans en attendre de contrepartie.
Qui a inventé le mot altruisme ?
Le philosophe français Auguste Comte l’a forgé, ou du moins popularisé, au milieu du XIXe siècle, pour l’opposer à l’égoïsme.
L’altruisme est-il contraire à l’économie libérale ?
Pas nécessairement. Adam Smith a consacré un livre entier aux sentiments moraux et à la sympathie, et Gary Becker a intégré l’altruisme à l’analyse économique. Le débat porte plutôt sur la place à laisser à la générosité privée et à la redistribution publique.
L’altruisme existe-t-il vraiment ou donne-t-on par intérêt ?
Les deux coexistent. Les expériences montrent des dons sans contrepartie possible, mais aussi l’effet du plaisir de donner et du regard des autres : c’est ce que les économistes appellent l’altruisme impur.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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