La théorie des jeux est la branche des mathématiques et de l’économie qui étudie les décisions interdépendantes : des situations où le résultat de chacun dépend de ses propres choix et de ceux des autres.
Nous sommes tous confrontés à des choix à faire, au quotidien. En effet, tous les jours des acteurs économiques prennent des décisions stratégiques. Ces décisions stratégiques sont souvent prises sans connaître l’ensemble des éléments nécessaires à une prise de décision optimale. Il ne faut pas prendre de décision sans connaître ce que font ses concurrents.
La théorie des jeux est utilisée en économie pour prendre des décisions stratégiques dans un environnement incertain. L’objectif est alors de comprendre les scénarios qui ont lieu quand les résultats d’un acteur dépendent des décisions des autres. Chaque « joueur » prend alors sa décision en fonction des possibles comportements à venir des autres. Par exemple, allez-vous sortir votre nouveau produit phare au moment où votre principal concurrent sort le sien ? Non car il risque d’attirer l’attention sur lui si vous savez qu’il a un fort potentiel de communication…
Cette théorie prétend que les décisions des entreprises ne sont pas prises qu’en pensant au profit immédiat mais également en pensant à ce que risquent de faire les autres acteurs du marché.
Quelles sont les limites de la théorie des jeux ?
La théorie des jeux a des qualités pour prédire des actions à venir. Elle utilise des moyens scientifiques pour créer des modèles d’analyse comportementale. Ses premiers modèles négligeaient cependant les événements extérieurs, notamment naturels, qui ont parfois autant d’influence que les autres acteurs du « jeu » ; les modèles modernes les intègrent en partie (voir plus bas).
Citation sur la théorie des jeux
« Le général qui gagne une bataille a médité, calculé, avant de combattre. Le général qui perd une bataille a fait moins de calculs. Donc, beaucoup de stratégie mène à la victoire, peu de stratégie à la défaite : que dire alors de l’absence de tout calcul ! » , Sun Tzu, L’Art de la guerre, chapitre 1
Statue de Sun Tzu
La théorie des jeux en résumé
La théorie des jeux est la branche des mathématiques et de l’économie qui étudie les décisions interdépendantes : des situations où le résultat de chacun dépend de ses propres choix et de ceux des autres. Elle décrit un « jeu » par ses joueurs, les stratégies dont ils disposent et les gains associés à chaque combinaison de choix, puis cherche ce que des joueurs rationnels ont intérêt à faire.
Elle s’applique aussi bien à la concurrence entre entreprises qu’aux négociations, aux enchères, à la politique monétaire ou aux relations internationales.
Qui sont les auteurs de la théorie des jeux, et dans quel contexte ?
Dès 1838, Antoine Augustin Cournot étudie un marché tenu par quelques producteurs et en trouve une solution qui sera plus tard reconnue comme un équilibre de Nash. Le mathématicien John von Neumann démontre en 1928, dans « Zur Theorie der Gesellschaftsspiele » (« Sur la théorie des jeux de société »), le théorème du minimax pour les jeux à deux joueurs où l’un gagne ce que l’autre perd. La discipline naît vraiment en 1944 avec Theory of Games and Economic Behavior, de von Neumann et de l’économiste Oskar Morgenstern.
En 1950, John Nash généralise l’analyse aux jeux où les intérêts ne sont pas strictement opposés et montre que tout jeu fini admet au moins un équilibre. La même année, Merrill Flood et Melvin Dresher, à la RAND Corporation, mettent au point le jeu qu’Albert Tucker présentera sous le nom de « dilemme du prisonnier ». La théorie des jeux a depuis valu plusieurs prix Nobel d’économie : John Nash, John Harsanyi et Reinhard Selten en 1994, Robert Aumann et Thomas Schelling en 2005, Alvin Roth et Lloyd Shapley en 2012, Paul Milgrom et Robert Wilson, pour leurs travaux sur les enchères, en 2020.
Née des mathématiques, la théorie des jeux a valu quatre prix Nobel d’économie à neuf chercheurs. Source : dates de la page.
Quelles sont les idées clés de la théorie des jeux ?
L’équilibre de Nash : une situation où aucun joueur ne peut améliorer son gain en changeant seul de stratégie, compte tenu de ce que font les autres. Ce n’est pas forcément la meilleure issue pour le groupe.
Jeux à somme nulle et à somme non nulle : dans les premiers, ce que l’un gagne, l’autre le perd ; dans les seconds, coopérer peut augmenter le gain de tous.
Jeux simultanés et séquentiels : quand les joueurs jouent l’un après l’autre, celui qui s’engage le premier de manière crédible peut prendre l’avantage.
Jeux répétés : quand la même partie se rejoue, la réputation et la menace de représailles rendent la coopération possible. Dans les tournois organisés par Robert Axelrod, racontés dans The Evolution of Cooperation (1984), la stratégie la plus simple, « donnant-donnant » (coopérer d’abord, puis imiter le dernier coup de l’adversaire), proposée par Anatol Rapoport, l’a emporté.
Comment la théorie des jeux éclaire-t-elle une guerre des prix ?
Imaginons deux concurrents, A et B, qui choisissent chacun de maintenir leur prix ou de le baisser. Les gains annuels, en millions d’euros, sont les suivants (gain de A, puis gain de B) :
B maintient
B baisse
A maintient
10 ; 10
3 ; 15
A baisse
15 ; 3
5 ; 5
Si B maintient son prix, A gagne plus en baissant le sien (15 au lieu de 10). Si B baisse, A gagne encore plus en baissant aussi (5 au lieu de 3). Baisser est donc toujours le meilleur choix pour A, et par symétrie pour B. Les deux baissent et gagnent 5 chacun, alors qu’ils auraient gagné 10 en maintenant leurs prix : c’est la structure du dilemme du prisonnier. Si la partie se répète chaque année, la menace d’une riposte peut en revanche maintenir les prix, ce qui explique à la fois la stabilité de certains marchés concentrés et la vigilance des autorités de la concurrence.
Quelles critiques vise la théorie des jeux ?
La critique la plus fréquente vise l’hypothèse de rationalité. Dans le « jeu de l’ultimatum », étudié en laboratoire dès 1982 par Werner Güth, Rolf Schmittberger et Bernd Schwarze, un joueur propose un partage d’une somme et l’autre accepte ou refuse, auquel cas personne ne touche rien. La théorie prédit qu’on accepte n’importe quelle offre positive ; en pratique, les offres inférieures à environ 30 % sont souvent refusées. Le sens de l’équité pèse dans les décisions.
Autre difficulté : beaucoup de jeux ont plusieurs équilibres, et la théorie ne dit pas toujours lequel se réalisera. Quant à la limite relevée dans le texte ci-dessus, les événements extérieurs, les modèles modernes l’intègrent en partie : depuis les travaux de John Harsanyi sur l’information incomplète, on représente le hasard par un joueur fictif, la « Nature », dont les coups suivent des probabilités. Reste que ces probabilités doivent être connues, ce qui est rarement le cas des événements extrêmes.
Que change la théorie des jeux pour un trader ?
Un marché est un jeu à plusieurs joueurs. Keynes l’a illustré en 1936, au chapitre 12 de sa Théorie générale, avec son « concours de beauté » : dans un concours de journal où il faut désigner les visages que les autres participants choisiront, il ne sert à rien de choisir ceux que l’on trouve les plus beaux ; il faut anticiper l’opinion moyenne. En bourse, le prix dépend de même de ce que les autres vont faire. La communication des banques centrales relève aussi de la théorie des jeux : en annonçant à l’avance ses intentions, une banque centrale cherche à orienter les anticipations des marchés, et sa crédibilité tient au fait qu’elle respecte ses engagements (voir la cohérence temporelle). Les ententes et guerres de prix entre producteurs de matières premières se lisent également avec la grille du dilemme du prisonnier.
Questions fréquentes sur la théorie des jeux
Qu’est-ce que l’équilibre de Nash ?
Une combinaison de stratégies dans laquelle aucun joueur n’a intérêt à changer seul la sienne. John Nash a montré en 1950 que tout jeu fini en possède au moins un.
Qu’est-ce que le dilemme du prisonnier ?
Un jeu où chaque joueur a intérêt à trahir l’autre quoi que celui-ci fasse, alors que la coopération aurait profité aux deux. Il montre qu’un choix rationnel pour chacun peut être mauvais pour tous.
La théorie des jeux suppose-t-elle des joueurs parfaitement rationnels ?
Les modèles classiques, oui. L’économie expérimentale et comportementale a montré les limites de cette hypothèse et cherche à intégrer l’équité, la confiance ou les erreurs de raisonnement.
Qui a inventé la théorie des jeux ?
John von Neumann en a posé les bases en 1928, puis l’a développée avec Oskar Morgenstern dans un livre de 1944. Antoine Augustin Cournot avait anticipé certaines idées dès 1838.
Qu’est-ce qu’un jeu à somme nulle ?
Un jeu où ce que l’un gagne, l’autre le perd. Dans un jeu à somme non nulle, au contraire, coopérer peut augmenter le gain de tous. Von Neumann a démontré en 1928 le théorème du minimax pour les jeux à somme nulle à deux joueurs.
Quels prix Nobel la théorie des jeux a-t-elle valus ?
John Nash, John Harsanyi et Reinhard Selten en 1994 ; Robert Aumann et Thomas Schelling en 2005 ; Alvin Roth et Lloyd Shapley en 2012 ; Paul Milgrom et Robert Wilson, pour leurs travaux sur les enchères, en 2020.
Sources de référence utilisées
6
Antoine Augustin Cournot, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, 1838.
John von Neumann, « Zur Theorie der Gesellschaftsspiele », Mathematische Annalen, 1928.
John von Neumann et Oskar Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior, 1944.
John Nash, « Equilibrium Points in n-Person Games », Proceedings of the National Academy of Sciences, 1950.
Robert Axelrod, The Evolution of Cooperation, 1984.
Sun Tzu, L’Art de la guerre, chapitre 1 (traduction anglaise de Lionel Giles, 1910).
Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.
La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
K
kikwati kakesa pitshou14 septembre 2014
La théorie des jeux c'est l'une des théories qui respectent les quotidiens des la vie et surtout tout ce qui est de l’économie , entre autre microéconomie mathématique et au delà même de ça........ merci pour cette théorie . cette théorie nous en fait vraiment e gens utiles dans le secteur de l’économie projective
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kikwati kakesa pitshou26 septembre 2014
la théorie des jeux certainement c'est une vie et un futur pour une entreprise ,malheureusement nous ceux de l’Afrique on en veut réellement sa formation mais quoi que nos moyens purement pauvre nous arrivons pas approfondir cet instrument stratégique ,mais nous comptons avec votre aide avoir la bourse pour cette étude......je suis de la république démocratique du Congo précisément en Afrique, je suis licencié en économie mathématique ou la théorie des jeux en fait l'une de partie intégrante de l'option.
je ne sais donc que cette demande de manière indirecte vous en aura aide de façon que je aie l'opportunité de faire ces études ailleurs. nous en voulons tous ....s.v.p
K
Kevin Kinansoah DOUTI25 février 2015
De formation, je suis gestionnaire des ressources humaines. Je pense que la théorie des jeux peut aussi s'appliquer à la GRH dans la mesure où l'une des missions de la GRH est d'anticiper et de résoudre les questions de conflits d’intérêts en entreprise.
B
Benoist Rousseau25 février 2015
Très bonne idée Kevin de relier GRH et théorie des jeux
C
CHEIKH Ahmed Tidiane Cherif FALL2 mars 2017
Cette théorie est très importante dans la communauté. Il nous permet de mieux comcomprendre les formules a adaptée avant de mettre un nouveau produit dans lemarché
G
Ghislain SHABIHANGO10 octobre 2017
la théorie de jeux nous facilite dans la prédiction d'un avenir incertain. elle permet aux peuples en général et aux économistes en particulier de toujours effectuer un choix optimal.
B
BIKOUAKI DIEUBENI4 janvier 2018
la théorie des jeux représente pour moi un outil d'analyse très capital dans mes prises de desisions
B
Benoist Rousseau4 janvier 2018
Effectivement c'est très intéressant pour le trading
T
TRAORE LASSINA18 mai 2018
Pour un marché de plus en plus concurrentiel la théorie des jeux est pour ma part un outil indispensable d'analyse pour avoir de l'avance sur le marché
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DORIAND RUNEL MBAN21 septembre 2018
LA THÉORIE DES JEUX PRÉVOITDOR UN AVENIR INCERTAIN DANS LA MESURE OU L'ENTREPRENEUR TIENT COMPTE DE LA POLITIQUE CONCURRENTIELLE AVANT DE METTRE UN PRODUIT SUR LE MARCHE.
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Georges Kanfene Nguene14 septembre 2019
C'est un outil d'aide à la prise de descision. Elle Peut-être coopérative ou non coopérative.
J
Jessica6 octobre 2019
Pourquoi ne pas avoir cité John Nash ? C'est le père fondateur de cette théorie
M
Manantena3 mars 2020
Je suis un étudiant en 3ème année économie mathématiques de l'Université de Toamasina mais j'aime cette théorie
B
BALINGBA4 octobre 2020
je suis un étudiant en 3ème année économie de gestion de l'Université de l'Uélé d'Isiro cette théorie nous aide à définir une stratégie optimale dans un jeu
C
Christelle Puyraud13 juillet 2021
merci Benoist pour cet artcle tres interessant.
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