Qu’est-ce que la théorie des attentes rationnelles ?

Qu’est-ce que la théorie des attentes rationnelles ?
Cette théorie repose sur le fait que les hommes basent leurs décisions sur les informations qu’ils ont à un instant T .
Cette théorie a été fondée par John Muth et a été adoptée dans les années 1970 par le courant libéral.
Il démontre dans cette théorie que les agents économiques, lorsqu’ils prennent des décisions, les basent sur des informations actuelles et non des informations qui viennent du passé.
Ces informations comprennent les promesses des gouvernements et les critiques de ces promesses gouvernementales émises par les partis d’opposition et les commentateurs spécialisés par exemple.
Si un État veut diminuer son taux de chômage, en créant de la monnaie, les entreprises et travailleurs vont donc en déduire que sur le long terme on assistera à une augmentation de l’inflation mais sur le court terme, une reprise de la croissance économique aura lieu.
Ce qui aura pour conséquence, que le chômage ne baissera pas, et qu’il y aura par contre une hausse de l’inflation.
Aujourd’hui, au vu de l’impact qu’a eu cette théorie dans les années 1970 on parle plus de révolution des attentes rationnelles.
Les attentes rationnelles à l’épreuve des années 1970
Cette théorie a été mise à l’épreuve dans les années 1970 lors de la décennie des chocs pétroliers. En effet, durant cette décennie, est apparu de la stagflation. La théorie de la courbe de Phillips a été rejetée car les individus ont dû s’adapter aux événements qui se passaient. Leurs attentes se sont donc basées sur des informations dites passées et ont eu une attitude adaptative. Leurs attentes n’étaient plus rationnelles c’est-à-dire fondées sur des informations actuelles mais adaptatives : issues d’informations passées.

Citation sur la théorie des attentes rationnelles
« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »
La théorie des attentes rationnelles en résumé
La théorie des attentes rationnelles suppose que les agents économiques (ménages, entreprises, investisseurs) forment leurs prévisions en utilisant toute l’information disponible et une représentation correcte du fonctionnement de l’économie. Ils peuvent se tromper, mais pas de façon systématique : leurs erreurs sont imprévisibles et se compensent en moyenne. Conséquence majeure, une politique économique annoncée et anticipée perd une grande partie de son effet sur la production et l’emploi.
Formulée en 1961 par John Muth, l’hypothèse a transformé la macroéconomie dans les années 1970 et reste aujourd’hui au cœur des modèles utilisés par les banques centrales.
Comment les attentes rationnelles sont-elles passées de John Muth à Robert Lucas ?
John Muth publie « Rational Expectations and the Theory of Price Movements » dans la revue Econometrica en 1961. Son idée : les anticipations des agents sont, pour l’essentiel, les mêmes que les prévisions de la théorie économique pertinente. Sur le moment, l’article passe presque inaperçu ; Robert Lucas racontera plus tard que ses collègues et lui n’en avaient pas vu l’importance.
Le contexte change à la fin des années 1960. Milton Friedman, dans son discours de 1968 devant l’American Economic Association (« The Role of Monetary Policy »), et Edmund Phelps montrent que l’arbitrage entre inflation et chômage décrit par la courbe de Phillips disparaît à long terme, parce que les salariés finissent par intégrer l’inflation dans leurs anticipations. Mais ils raisonnent encore avec des attentes « adaptatives », qui se corrigent peu à peu en regardant le passé.
Robert Lucas va plus loin. Dans « Expectations and the Neutrality of Money » (Journal of Economic Theory, 1972), il intègre les attentes rationnelles à un modèle macroéconomique. Thomas Sargent et Neil Wallace en tirent en 1975 la « proposition d’inefficacité » : une politique monétaire systématique, donc prévisible, ne peut pas modifier durablement la production. En 1976, la « critique de Lucas » ajoute que les modèles économétriques de l’époque, estimés sur le passé, se trompent dès que la politique change, car les comportements changent avec elle. Lucas reçoit le prix Nobel d’économie en 1995 « pour avoir développé et appliqué l’hypothèse des anticipations rationnelles ».
Quelle différence entre attentes adaptatives et attentes rationnelles ?
| Attentes adaptatives | Attentes rationnelles | |
|---|---|---|
| Information utilisée | Les valeurs passées de la variable | Toute l’information disponible, y compris les annonces |
| Erreurs | Systématiques tant que la tendance change | Aléatoires, nulles en moyenne |
| Relance monétaire | Efficace à court terme, pas à long terme | Inefficace si elle est anticipée |
Imaginons une inflation de 2 % pendant des années, puis une banque centrale qui annonce une création monétaire compatible avec 6 % d’inflation. Avec des attentes adaptatives, les salariés continuent d’attendre environ 2 % : leurs salaires réels baissent sans qu’ils l’aient prévu, les entreprises embauchent, le chômage recule un temps. Avec des attentes rationnelles, ils intègrent l’annonce, réclament d’emblée des hausses de salaires de l’ordre de 6 % et l’emploi ne bouge pas : il ne reste que l’inflation. Seule une surprise, par définition imprévisible, peut avoir un effet réel.
Que montre la désinflation de Paul Volcker sur les attentes rationnelles ?
Paul Volcker prend la présidence de la Réserve fédérale le 6 août 1979. L’inflation américaine atteint 14,8 % sur un an en mars 1980 ; la Fed relève fortement ses taux, jusqu’à un pic de 20 % pour les fonds fédéraux en juin 1981. L’inflation retombe sous 3 % en 1983, mais au prix d’une récession sévère : le chômage atteint 10,8 % fin 1982, un record depuis la guerre.
Pour les critiques, l’épisode contredit la version stricte de la théorie, qui promettait une désinflation presque sans douleur dès lors que la politique était annoncée. Pour ses défenseurs, il montre surtout le rôle de la crédibilité : tant que les agents doutaient de la détermination de la Fed, après une décennie de promesses non tenues, ils n’avaient aucune raison rationnelle de réviser leurs anticipations à la baisse. Les deux lectures s’accordent sur un point : ce sont les anticipations qui ont fait le coût de la désinflation.
Quelles critiques vise la théorie des attentes rationnelles ?
La première objection porte sur la rigidité des prix. En 1977, Stanley Fischer, ainsi qu’Edmund Phelps et John Taylor, montrent que si les salaires sont fixés par des contrats pluriannuels, la politique monétaire redevient efficace même avec des attentes rationnelles : les agents savent ce qui arrive, mais ne peuvent pas renégocier tout de suite. C’est la base de la nouvelle économie keynésienne.
La deuxième porte sur l’information. En 1980, Sanford Grossman et Joseph Stiglitz relèvent un paradoxe : si les prix reflétaient déjà toute l’information, personne n’aurait intérêt à payer pour s’informer, et les prix cesseraient de la refléter. La troisième vient de l’économie comportementale, qui documente des biais de jugement persistants (excès de confiance, aversion aux pertes, extrapolation des tendances récentes) ; voir la théorie des perspectives. Les bulles spéculatives et les krachs restent difficiles à expliquer avec des agents qui ne se trompent pas systématiquement.
Les défenseurs de la théorie répondent qu’elle n’exige pas des agents omniscients, mais seulement qu’ils ne répètent pas indéfiniment la même erreur. Et, à défaut d’hypothèse plus satisfaisante, la plupart des modèles macroéconomiques actuels conservent les attentes rationnelles en y ajoutant des frictions : prix rigides, information imparfaite, contraintes de crédit.
Que changent les attentes rationnelles pour un investisseur ou un trader ?
Un marché n’évolue pas sur une nouvelle, mais sur l’écart entre cette nouvelle et ce qui était attendu. Une hausse de taux de 0,25 point annoncée depuis des semaines ne fait presque rien bouger ; une décision qui surprend le consensus peut faire décaler les devises et les obligations en quelques secondes. C’est la logique des attentes rationnelles appliquée aux prix, proche de l’efficience des marchés.
Les banques centrales ont tiré la leçon : elles gouvernent autant par les anticipations que par les taux. La Fed a adopté officiellement en janvier 2012 un objectif d’inflation de 2 %, et chaque mot de ses communiqués est pesé pour orienter les attentes. Lire un discours comme plutôt hawkish ou dovish, observer ce que la courbe des taux intègre déjà, c’est raisonner exactement comme le suppose la théorie.
Questions fréquentes sur la théorie des attentes rationnelles
Qui a inventé la théorie des attentes rationnelles ?
John Muth, dans un article publié dans Econometrica en 1961. Robert Lucas, Thomas Sargent et Neil Wallace l’ont appliquée à la macroéconomie dans les années 1970.
Les attentes rationnelles veulent-elles dire que les agents ne se trompent jamais ?
Non. Les agents se trompent souvent, mais leurs erreurs ne sont pas systématiques : elles ne vont pas toujours dans le même sens et ne peuvent pas être prévues à l’avance.
Quelle différence avec les attentes adaptatives ?
Les attentes adaptatives regardent le passé et se corrigent lentement. Les attentes rationnelles intègrent aussi l’avenir annoncé : une politique crédible modifie les anticipations avant même d’être appliquée.
La théorie est-elle encore utilisée ?
Oui. Elle reste l’hypothèse de base de la plupart des modèles des banques centrales, complétée par des rigidités de prix et des imperfections d’information.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
Découvrir mon parcoursLa formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École





