DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Peur de manquer : définition, études et exemples en Bourse

La peur de manquer, ou FOMO, est l’appréhension de passer à côté d’une occasion dont d’autres profitent, qui pousse à entrer tard, vite et souvent trop gros dans un mouvement déjà engagé.

Peur de manquer : Voir monter sans soi, et acheter pour que cela cesse

Qu’est-ce que la peur de manquer ?

La peur de manquer est l’appréhension diffuse que d’autres vivent ou gagnent quelque chose dont on est absent, accompagnée du désir de rester constamment au courant de ce qu’ils font. Sur les marchés, elle prend une forme précise : l’inconfort de voir monter un actif qu’on ne possède pas, et l’envie d’y entrer pour faire cesser cet inconfort plutôt que parce que le prix est devenu intéressant.

L’anglais dit FOMO, pour « fear of missing out », et l’acronyme s’est imposé jusque dans les salles de marché. Le mot « peur » est trompeur : il ne s’agit pas de la crainte de perdre de l’argent, mais de celle d’en voir gagner aux autres. C’est un regret anticipé, appliqué à une décision qu’on n’a pas encore prise.

La peur de manquer en résumé

La peur de manquer est le plus récent des biais de cette famille, et le seul né hors de la psychologie expérimentale. Elle combine la comparaison sociale, le regret anticipé et l’attention captée par ce qui bouge. Les réseaux sociaux ne l’ont pas inventée, mais ils lui ont donné une vitesse inédite.

  • Famille : la foule
  • Mis en évidence par : Dan Herman et Patrick McGinnis pour l’expression et l’acronyme, Andrew Przybylski, Kou Murayama, Cody DeHaan et Valerie Gladwell pour la première mesure
  • Date : 2000 pour l’expression dans une revue de marketing, 2004 pour l’acronyme, 2013 pour l’échelle de mesure
  • Expérience de référence : l’échelle de peur de manquer de Przybylski et ses coauteurs, publiée dans Computers in Human Behavior
  • Proche de : l’aversion au regret, la preuve sociale, le comportement moutonnier
  • Sur les marchés : des entrées tardives sur les titres les plus commentés, souvent juste avant le retournement

Quelle expérience l’a mise en évidence ?

L’histoire du mot précède celle de la mesure. En 2000, le stratège en marketing Dan Herman décrit dans le Journal of Brand Management un consommateur animé par l’ambition d’épuiser toutes les possibilités et par la peur de manquer quelque chose. En 2004, Patrick McGinnis, étudiant à la Harvard Business School, publie dans le journal de l’école, The Harbus, une chronique sur les « deux FO » de ses camarades : FOMO, la peur de manquer, et FOBO, la peur d’une meilleure option. L’acronyme fait ensuite son chemin.

La psychologie s’en empare en 2013. Andrew Przybylski publie avec Kou Murayama, Cody DeHaan et Valerie Gladwell dans Computers in Human Behavior une échelle destinée à mesurer le phénomène, la première à être largement reprise. Ils le définissent comme une appréhension diffuse que d’autres vivent des expériences gratifiantes dont on est absent, accompagnée du désir de rester continuellement au courant de ce qu’ils font. Le participant indique dans quelle mesure une série d’affirmations le décrit, ce qui permet de situer chacun sur une échelle plutôt que de trancher par oui ou par non.

Comme son titre l’indique, l’article cherche les corrélats motivationnels, émotionnels et comportementaux de la peur de manquer, en particulier ses liens avec l’usage des réseaux sociaux. Ce sont des corrélations, mesurées par questionnaire : elles disent que certains comportements et la peur de manquer vont ensemble, non que l’une cause les autres. Le passage aux décisions financières reste, lui, une extrapolation.

Comment fonctionne-t-elle ?

Le premier ressort est la comparaison sociale. On ne mesure pas son gain dans l’absolu, mais par rapport à celui des autres, et un patrimoine stable paraît diminuer quand celui du voisin grimpe. Le second est l’aversion au regret : l’idée d’avoir à se dire « j’aurais pu » pèse souvent plus lourd que la perspective d’une perte ordinaire.

Le troisième est l’attention. Brad Barber et Terrance Odean ont montré en 2008, dans la Review of Financial Studies, que les particuliers sont acheteurs nets des titres qui attirent l’attention : ceux dont on parle dans l’actualité, qui connaissent des volumes inhabituels ou de fortes variations en une journée. Face à des milliers de valeurs, l’investisseur n’achète que celles qui ont d’abord capté son regard. La peur de manquer n’a donc pas besoin d’une opportunité réelle ; il lui suffit d’une opportunité visible.

Elle s’amplifie avec la vitesse, la visibilité des gains d’autrui et la facilité d’exécution. Elle s’atténue quand le délai entre l’envie et l’ordre s’allonge, et quand on a défini à l’avance ce que l’on cherche, ce qui rend l’occasion du jour moins singulière.

Que fait-elle sur les marchés ?

L’épisode GameStop, en janvier 2021, en est l’étude de cas la mieux documentée. Fin 2020, l’action du distributeur américain de jeux vidéo vaut un peu moins de 20 dollars ; le 12 janvier 2021, elle clôture à 19,95 dollars. Le titre fait l’objet de ventes à découvert massives : selon la SEC, les positions vendeuses ont atteint en janvier près de 123 % des actions disponibles à la négociation, ce qui est possible lorsque les mêmes actions sont prêtées plusieurs fois de suite. Sur le forum r/WallStreetBets du site Reddit et sur des chaînes YouTube, des messages vantent la valeur et l’idée de faire plier les vendeurs.

Le 27 janvier, l’action clôture à 347,51 dollars, en hausse de plus de 1 600 % depuis le 11 janvier. Le lendemain, elle touche 483 dollars en séance, jour où plusieurs courtiers restreignent les achats. Le rapport des services de la SEC publié le 14 octobre 2021 apporte une précision importante : les rachats des vendeurs à découvert n’ont représenté qu’une petite part des achats, et ce n’est pas cette contrainte, selon le rapport, qui a entretenu la hausse pendant des semaines, mais le sentiment positif des acheteurs, dans un contexte d’intérêt massif sur les forums en ligne.

Autrement dit, la hausse a été portée par des acheteurs qui entraient parce que d’autres entraient, et que les gains affichés en ligne rendaient insupportable de rester à l’écart. Ceux qui ont acheté dans les derniers jours de janvier l’ont payé cher : selon le rapport, le 3 février, l’action valait moins de 100 dollars, soit près de 80 % sous son plus haut de la semaine précédente, et elle est descendue jusqu’à 40,59 dollars le 19 février. La peur de manquer avait fait entrer les derniers acheteurs au moment précis où le mouvement manquait d’acheteurs supplémentaires.

Comment la reconnaître chez soi ?

La peur de manquer se reconnaît plus à l’urgence qu’à l’analyse. Quelques signes :

  • Vous découvrez un actif après sa hausse, et c’est la hausse elle-même qui vous le fait découvrir.
  • Vous ressentez le besoin d’agir avant la fin de la séance, sans pouvoir dire ce qui changerait le lendemain.
  • Votre taille de position est plus grande que d’habitude, comme pour rattraper le temps perdu.
  • Vous suivez davantage les gains affichés par d’autres que vos propres règles d’entrée.

Que peut-on y faire ?

La peur de manquer se combat mal de front, car elle se nourrit précisément de l’effort pour ne pas y penser. Elle s’encadre mieux par des règles qui rendent l’impulsion inopérante. La plus simple est un délai : aucun achat sur une idée découverte dans la journée, la décision étant reportée au lendemain avec une thèse écrite. Ce qui reste séduisant après une nuit l’est pour d’autres raisons que l’urgence.

Une liste d’entrée définie à l’avance aide aussi : si l’actif ne figurait pas parmi ceux que vous suiviez, ou si le prix est loin de vos niveaux d’intérêt, l’occasion n’est pas la vôtre. Plafonnez enfin la taille des positions prises hors de votre plan, pour que l’envie de rattraper un mouvement coûte au plus une somme décidée à froid. Rappelez-vous que la plupart des occasions manquées ne coûtent rien : on ne paie que celles que l’on rattrape trop tard.

Ce qui ne marche pas : se promettre de ne plus jamais acheter ce qui monte. Les tendances existent, et les suivre avec méthode est une stratégie à part entière. Le biais ne tient pas au fait d’acheter une hausse, mais au fait de l’acheter parce qu’on ne supporte plus de la regarder.

Que lui objecte-t-on ?

La première objection est conceptuelle. La peur de manquer n’est pas un biais cognitif au sens strict, comme l’ancrage ou la négligence du taux de base, mais un état émotionnel mesuré par questionnaire. Elle recouvre en partie d’autres notions mieux établies, comme l’aversion au regret, l’envie ou la comparaison sociale, et certains chercheurs y voient moins un phénomène nouveau qu’un mot neuf pour un sentiment ancien.

La deuxième est méthodologique. L’essentiel des travaux repose sur des corrélations entre une échelle déclarative et des comportements eux-mêmes déclarés. Ils ne permettent pas de dire si la peur de manquer pousse à consulter les réseaux sociaux, si c’est l’inverse, ou si une troisième cause produit les deux. Le lien avec les décisions d’investissement est encore moins directement mesuré.

La troisième concerne les marchés. Acheter un titre qui monte n’est pas en soi irrationnel : l’effet de momentum, la tendance des titres gagnants des trois à douze derniers mois à continuer de faire mieux que les perdants, documentée par Narasimhan Jegadeesh et Sheridan Titman en 1993, est l’une des régularités les plus étudiées de la finance. On ne peut donc pas accuser la peur de manquer de chaque achat tardif. Elle devient un biais quand l’achat obéit à l’inconfort plutôt qu’à une règle, ce que seul un journal de décisions permet de distinguer.

Questions fréquentes

Que veut dire FOMO en trading ?

FOMO est l’acronyme anglais de « fear of missing out », la peur de manquer une occasion. En trading, il désigne l’envie d’entrer dans un mouvement déjà engagé parce qu’on ne supporte plus de le voir progresser sans soi. Il conduit souvent à acheter tard, cher et sans plan de sortie.

Qui a inventé l’expression FOMO ?

Le stratège en marketing Dan Herman a employé l’expression « fear of missing out » dans un article de 2000, et Patrick McGinnis, alors étudiant à Harvard, a popularisé l’acronyme FOMO dans une chronique de 2004. La première échelle de mesure psychologique date de 2013, avec les travaux d’Andrew Przybylski et de ses collègues.

La peur de manquer a-t-elle joué un rôle dans l’affaire GameStop ?

Le rapport des services de la SEC du 14 octobre 2021 estime que c’est le sentiment positif, non les rachats des vendeurs à découvert, qui a entretenu la hausse pendant des semaines, dans un contexte d’intérêt massif sur les forums en ligne. L’afflux d’acheteurs attirés par les gains affichés correspond à la description de la peur de manquer, même si le rapport n’emploie pas ce terme.

Comment ne plus céder au FOMO ?

Imposez-vous un délai d’une séance entre la découverte d’une idée et l’achat, et écrivez la thèse avant d’agir. Limitez la taille de toute position prise hors de votre plan. Vous ne supprimerez pas l’envie, mais vous l’empêcherez de décider seule.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.