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Karl Marx : biographie, œuvres et héritage

Karl Marx (1818-1883), auteur du Capital et du Manifeste : une vie d’exil, une critique de l’économie classique et un héritage toujours discuté.

Karl Marx : biographie, idées et héritage

Qui était Karl Marx ?

Karl Marx (1818-1883) est un économiste, philosophe et révolutionnaire allemand, auteur du Capital (1867), l’analyse critique du capitalisme qui a le plus pesé sur l’histoire politique des XIXe et XXe siècles. Avec Friedrich Engels, il a aussi écrit le Manifeste du Parti communiste (1848).

Marx a passé l’essentiel de sa vie en exil, d’abord à Paris et à Bruxelles, puis à Londres de 1849 à sa mort, souvent dans la gêne, soutenu par Engels. Héritier critique d’Adam Smith et de David Ricardo, il reprend leur théorie de la valeur-travail pour en tirer une conclusion opposée : le profit naîtrait du travail non payé des salariés. La doctrine elle-même, avec un exemple chiffré, est détaillée dans la fiche du guide consacrée au marxisme.

Karl Marx en résumé

Né dans une famille de juristes de Trèves, docteur en philosophie, Karl Marx devient journaliste, puis militant chassé de plusieurs pays. À Londres, il consacre plus de trente ans à une « critique de l’économie politique » dont il ne publie qu’une partie de son vivant : le livre I du Capital, en 1867. Il y soutient que le capitalisme repose sur l’extraction d’une plus-value, qu’il concentre le capital et qu’il traverse des crises récurrentes. Ses idées ont inspiré les partis socialistes et communistes, puis des régimes qui s’en sont réclamés.

  • Naissance : 5 mai 1818 à Trèves (province du Rhin, royaume de Prusse)
  • Mort : 14 mars 1883 à Londres
  • Nationalité : prussienne (allemande), puis apatride à partir de 1845
  • Courant ou école : fondateur du marxisme, critique de l’économie politique classique
  • Œuvres principales : Manifeste du Parti communiste (1848, avec Engels), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Le Capital, livre I (1867)
  • Idée la plus connue : la plus-value, part de la valeur produite par le salarié que l’employeur conserve sous forme de profit

De Trèves à Londres : un journaliste devenu économiste en exil

Karl Marx naît le 5 mai 1818 à Trèves, en Rhénanie, région devenue prussienne en 1815. Son père, Heinrich Marx, avocat issu d’une lignée de rabbins, s’est converti au protestantisme pour pouvoir continuer à exercer après que la Prusse a remis en cause l’émancipation des juifs. Marx étudie le droit à Bonn à partir de 1835, puis à Berlin à partir de 1836, où il fréquente les Jeunes hégéliens, disciples critiques de Hegel. En avril 1841, l’université d’Iéna lui décerne un doctorat pour une thèse sur la différence entre les philosophies de la nature de Démocrite et d’Épicure.

Faute de poste universitaire, il se tourne vers le journalisme. Le 15 octobre 1842, il entre à la direction de la Rheinische Zeitung de Cologne, journal libéral que le gouvernement prussien interdit en janvier 1843 et qui cesse de paraître fin mars. Le 19 juin 1843, il épouse Jenny von Westphalen, puis s’installe à Paris en octobre. C’est là que, le 28 août 1844, au café de la Régence, commence son amitié avec Friedrich Engels, fils d’un industriel du textile, qui sera son coauteur et son soutien jusqu’à la fin. Marx rédige alors des notes sur le travail aliéné, publiées seulement en 1932 sous le nom de Manuscrits de 1844.

Expulsé de France à la demande de la Prusse, il s’installe à Bruxelles en février 1845 ; en décembre, il renonce à la nationalité prussienne. Il y publie en français, en 1847, Misère de la philosophie, réponse à Proudhon, et rejoint avec Engels la Ligue des communistes, qui leur commande un programme : le Manifeste du Parti communiste, publié à Londres en février 1848, à la veille des révolutions qui secouent l’Europe. Marx dirige ensuite à Cologne la Neue Rheinische Zeitung du 1er juin 1848 au 19 mai 1849. Expulsé de Prusse le 16 mai 1849, puis de Paris, il gagne Londres à l’été 1849.

Les premières années londoniennes sont misérables : la famille loge dans deux pièces de Dean Street, à Soho, et seuls trois des enfants du couple atteignent l’âge adulte. De 1852 à 1862, Marx est le correspondant européen du New-York Daily Tribune, travail alimentaire qui finance en partie ses recherches à la salle de lecture du British Museum. Pendant la crise financière de 1857, il rédige les brouillons connus sous le nom de Grundrisse (publiés à Moscou en 1939 et 1941), dont il tire la Contribution à la critique de l’économie politique en 1859.

Le 28 septembre 1864, il participe à Londres à la fondation de l’Association internationale des travailleurs, la Première Internationale, dont il rédige l’Adresse inaugurale. En juin 1865, devant son Conseil général, il expose ses vues sur les salaires dans un rapport publié en 1898 sous le titre Salaire, prix et profit. Le livre I du Capital paraît en 1867. Fin 1868, Engels, qui s’apprête à quitter l’entreprise familiale de Manchester, lui promet au moins 350 livres par an pendant cinq à six ans. Marx écrit encore sur la Commune de Paris (La Guerre civile en France, 1871), mais sa santé décline. Jenny meurt le 2 décembre 1881 ; Marx s’éteint le 14 mars 1883 et est inhumé le 17 mars au cimetière de Highgate. Engels publie les livres II (1885) et III (1894) du Capital à partir de ses manuscrits.

Les idées clés

L’histoire expliquée par l’économie. Dans la préface de 1859, Marx résume sa méthode, appelée plus tard matérialisme historique : les rapports de production, c’est-à-dire l’organisation du travail et de la propriété, forment la base sur laquelle s’élèvent le droit, la politique et les idées. Selon lui, ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence sociale, mais l’inverse. Le Manifeste s’ouvre sur cette phrase : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes. »

Une critique des classiques de l’intérieur. Marx ne rejette pas l’économie classique : il la prend au mot. Si le travail est la source de la valeur d’échange, comme le pensait Ricardo, d’où vient le profit ? Sa réponse tient dans la distinction entre le travail et la force de travail : le salaire paie l’entretien du travailleur, mais celui-ci produit davantage. L’écart est la plus-value.

Le fétichisme de la marchandise. Dans le premier chapitre du Capital, Marx soutient que le marché fait apparaître des rapports entre personnes comme des rapports entre choses : le prix semble une propriété de l’objet, alors qu’il exprime, selon lui, une quantité de travail social. L’idée a beaucoup influencé la philosophie et la sociologie du XXe siècle.

Accumulation, concentration et crises. Pour Marx, la concurrence oblige chaque capitaliste à investir et à mécaniser, ce qui concentre le capital entre moins de mains, entretient un volant de chômeurs (l’« armée de réserve industrielle ») et pèse à terme sur le taux de profit. Les crises sont donc, pour lui, internes au système. Le calcul du taux de profit est exposé dans la fiche du guide sur le marxisme.

Une œuvre en contexte : le livre I du Capital (1867)

Le Capital. Critique de l’économie politique est l’aboutissement des années de recherche londoniennes. Le livre I est mis en vente le 14 septembre 1867 à Hambourg, chez l’éditeur Otto Meissner, tiré à 1 000 exemplaires et dédié à Wilhelm Wolff, militant mort en 1864. Il part de la marchandise, passe à l’argent puis au capital, explique la plus-value et consacre de longs chapitres à la journée de travail et aux machines, en s’appuyant sur la législation anglaise sur les fabriques. Il se termine par l’« accumulation primitive », récit de la naissance du capitalisme anglais.

La réception est d’abord décevante. En novembre 1867, Engels écrit au médecin Ludwig Kugelmann que la presse allemande fait le silence sur le livre, et il rédige lui-même plusieurs comptes rendus pour le briser. La percée vient de l’étranger : une traduction russe paraît en 1872, la censure russe ayant jugé l’ouvrage strictement scientifique. La même année, l’éditeur Maurice Lachâtre lance à Paris la traduction française de Joseph Roy, en 44 livraisons parues de septembre 1872 à mai 1875. Marx, qui voyait dans ce format bon marché un moyen d’atteindre les ouvriers, la révise entièrement : c’est la seule traduction qu’il ait relue. En juin 2013, l’exemplaire de la première édition annoté de sa main, conservé à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, a été inscrit avec un feuillet manuscrit du Manifeste au registre Mémoire du monde de l’UNESCO.

Les critiques et les débats

La valeur et les prix. En 1896, l’économiste autrichien Eugen von Böhm-Bawerk, plusieurs fois ministre des Finances, publie Zum Abschluss des Marxschen Systems (« Sur la clôture du système de Marx »). Il soutient que le livre III contredit le livre I : les marchandises ne s’échangent pas selon le travail qu’elles contiennent, mais à des prix qui égalisent les taux de profit. C’est le « problème de la transformation », débattu depuis par Ladislaus von Bortkiewicz (1906-1907), Paul Samuelson (1971) et de nombreux marxistes. Plus largement, la révolution marginaliste des années 1870, menée entre autres par Carl Menger, fonde la valeur sur l’utilité et la rareté, ce qu’adopte l’essentiel de la profession.

Le taux de profit. En 1961, l’économiste japonais Nobuo Okishio montre qu’une innovation qui réduit les coûts, à salaire réel constant, ne peut pas faire baisser le taux de profit général. Des marxistes contestent le cadre de ce théorème.

Le socialisme sans prix. Marx a peu écrit sur l’organisation d’une économie socialiste. En 1920, Ludwig von Mises soutient que, sans propriété privée des moyens de production, il n’existe pas de prix pour comparer les usages des ressources, donc pas de calcul économique rationnel ; Friedrich Hayek prolonge l’argument en insistant sur la dispersion des connaissances. Les économies de planification centralisée du XXe siècle sont au cœur de ce débat, même si les défenseurs de Marx rappellent qu’il n’en a pas tracé le plan.

Science ou prophétie. Dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), Karl Popper reconnaît en Marx un critique puissant du capitalisme, mais lui reproche d’avoir présenté l’avenir comme une nécessité historique ; il note que la paupérisation croissante annoncée ne s’est pas produite dans les pays industrialisés. Joseph Schumpeter, dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), crédite Marx d’avoir fait des crises et du cycle un objet central de l’analyse.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

La théorie de la valeur-travail n’est plus enseignée que comme une pièce de l’histoire de la pensée, mais plusieurs questions posées par Marx sont redevenues ordinaires : le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, la concentration des entreprises, l’effet des machines sur l’emploi, l’instabilité propre au capitalisme. Le Manifeste décrivait déjà une bourgeoisie qui ne peut exister qu’en bouleversant sans cesse les techniques de production, une dynamique que Schumpeter, grand lecteur de Marx, appellera destruction créatrice. Marx lui-même se méfiait des usages de son nom : selon une lettre d’Engels de novembre 1882, il aurait dit, à propos de ceux qui se réclamaient de lui en France : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste. »

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

Marx propose une grille de lecture plus qu’un outil. Elle invite à regarder qui capte la valeur ajoutée : quand la part des profits monte au détriment des salaires, les marges en profitent un temps, mais la consommation peut en souffrir et la pression fiscale sur les entreprises peut monter. Elle rappelle aussi que les crises naissent souvent de l’intérieur du système, par le surinvestissement et le crédit, une intuition que Hyman Minsky reformulera dans son hypothèse d’instabilité financière.

Marx connaissait la Bourse. Le 25 juin 1864, il écrit à son oncle Lion Philips qu’il a spéculé sur des fonds américains et surtout sur des actions anglaises de sociétés nouvellement créées, poussées trop haut avant de s’effondrer, et qu’il y aurait gagné plus de 400 livres. Ses articles du Tribune de décembre 1857 suivent pas à pas la propagation de la crise financière de Hambourg à la Prusse, à la Scandinavie et à l’Angleterre. La leçon reste prudente : une théorie qui annonce des crises ne dit ni quand elles arrivent ni comment s’y positionner.

Questions fréquentes

Qu’a apporté Karl Marx à l’économie ?

Karl Marx a fait du capitalisme un système historique, apparu à une époque donnée et susceptible de disparaître, et non un ordre naturel. Il a placé au centre de l’analyse l’accumulation du capital, la concentration des entreprises, le chômage et les crises.

Quel livre de Marx lire en premier ?

Le Manifeste du Parti communiste (1848), très court, donne le cadre politique. Salaire, prix et profit, rapport de 1865, est l’introduction la plus courte à son économie. Le livre I du Capital (1867) reste le seul tome achevé et publié par Marx lui-même.

Karl Marx a-t-il spéculé en Bourse ?

Oui, selon sa propre lettre du 25 juin 1864 à son oncle Lion Philips : il y affirme avoir gagné plus de 400 livres en spéculant sur des fonds américains et des actions anglaises. Aucune autre source ne confirme ce montant.

Marx et Engels ont-ils écrit Le Capital ensemble ?

Non. Marx a écrit et publié seul le livre I en 1867. Engels a établi les livres II (1885) et III (1894) à partir de ses manuscrits.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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