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Allan Meltzer : biographie, idées et héritage

Allan Meltzer (1928-2017), monétariste, a écrit l’histoire de référence de la Fed et défendu des règles monétaires contre la discrétion des banquiers centraux.

Allan Meltzer : biographie, idées et héritage

Qui était Allan Meltzer ?

Allan Meltzer (1928-2017) est un économiste américain, figure du monétarisme et auteur de A History of the Federal Reserve, considérée comme l’histoire la plus complète de la banque centrale des États-Unis.

Professeur à l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh pendant près de soixante ans, il a passé sa carrière à scruter la Réserve fédérale. Avec le Suisse Karl Brunner, il a fondé en 1973 le Shadow Open Market Committee, un « comité fantôme » qui publiait ses propres recommandations face à celles de la Fed. Ses défenseurs voient en lui l’un des artisans intellectuels de la victoire sur l’inflation des années 1980 ; ses critiques retiennent surtout ses avertissements contre une inflation qui n’est pas venue après 2008.

Allan Meltzer en résumé

Allan Meltzer a défendu une idée simple : une banque centrale qui agit au coup par coup, sous la pression politique ou guidée par de mauvaises doctrines, finit par commettre de lourdes erreurs. Avec Karl Brunner, il a contribué à fonder le monétarisme, qui fait de la quantité de monnaie la cause de l’inflation persistante. Son histoire de la Fed, fruit de quatorze ans de travail, montre comment la Grande Dépression puis la Grande Inflation des années 1965-1980 sont nées de décisions discrétionnaires. Il en tirait une leçon constante : moins de discrétion, plus de règles. Il a aussi présidé en 1999-2000 une commission du Congrès sur le FMI et la Banque mondiale.

  • Naissance : 6 février 1928, à Boston (Massachusetts, États-Unis)
  • Mort : 8 mai 2017, à Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis)
  • Nationalité : américaine
  • Courant : monétarisme
  • Œuvres principales : « A Rational Theory of the Size of Government », avec Scott Richard (1981), A History of the Federal Reserve (2003-2009), Why Capitalism ? (2012)
  • Idée la plus connue : la politique monétaire doit suivre des règles plutôt que le jugement du moment

Du thésard de l’inflation française au juge permanent de la Fed

Allan Meltzer naît à Boston en 1928. Il entre à l’université Duke avec l’intention de devenir avocat, mais un cours d’économie change ses projets. Diplômé en économie en 1948, il milite à l’époque pour les droits civiques et participe à la campagne présidentielle d’Henry Wallace. Il part ensuite à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), où il prépare son doctorat sous la direction de Karl Brunner. Une bourse Fulbright lui permet de séjourner en France en 1955-1956 pour écrire sa thèse sur l’inflation française pendant la Seconde Guerre mondiale. Il obtient son doctorat en 1958.

Après une année d’enseignement à la Wharton School, il rejoint en 1957 la Graduate School of Industrial Administration de Carnegie Mellon, devenue la Tepper School of Business. Il n’en partira plus. Sa collaboration avec Brunner devient l’une des plus durables de la discipline : en 1964, les deux hommes rédigent pour une commission du Congrès une analyse critique de la manière dont la Fed conduit sa politique ; ils lancent ensuite ensemble la série de conférences Carnegie-Rochester.

En 1973, alors que l’inflation accélère et que l’administration Nixon a tenté de la bloquer par le contrôle des prix et des salaires, Brunner et Meltzer réunissent des économistes, des universitaires et des banquiers dans le Shadow Open Market Committee. Le nom renvoie au comité de politique monétaire de la Fed et au « cabinet fantôme » de l’opposition britannique. Meltzer le préside de 1973 à 1999. Il conseille par ailleurs le Trésor, le Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche, dont il est membre par intérim en 1988-1989, et plusieurs banques centrales ; de 1986 à 2002, il est conseiller honoraire de l’institut d’études monétaires de la Banque du Japon.

La fin de sa carrière est consacrée à son grand œuvre, l’histoire de la Fed, et aux débats nés de la crise de 2008, sur laquelle il témoigne plusieurs fois devant le Congrès. Il préside la Société du Mont-Pèlerin de 2012 à 2014. Il meurt à Pittsburgh le 8 mai 2017, à 89 ans, auteur de plus de dix livres et de quelque 400 articles selon son université.

Les idées clés

L’inflation persistante est un phénomène monétaire. Au début des années 1970, la Fed attribuait la hausse des prix aux syndicats ou au pétrole. Meltzer et le comité fantôme l’imputaient à la croissance trop rapide de la masse monétaire, dans la lignée de Milton Friedman. Dès sa première réunion, en septembre 1973, le comité demandait à la Fed de renoncer au réglage fin de l’économie et de ralentir progressivement la création monétaire. Cette position est au cœur du monétarisme.

Des règles plutôt que la discrétion. Pour Meltzer, une politique monétaire discrétionnaire, c’est-à-dire décidée au cas par cas, échoue parce qu’elle cède à la pression politique et obéit à des croyances fausses. Il recommandait des règles connues à l’avance, pour la conduite des taux comme pour les prêts d’urgence. Le problème rejoint celui de la cohérence temporelle : une banque centrale qui promet la stabilité mais peut changer d’avis à tout moment n’est pas crue.

Pas de sauvetage sans règle. Meltzer s’opposait à la doctrine du « trop gros pour faire faillite ». Protéger une entreprise de la faillite, écrivait-il en substance dans Why Capitalism ?, supprime la discipline qui rend les actionnaires responsables des pertes et sanctionne les dirigeants qui se trompent ; il comparait le capitalisme sans faillite à une religion sans péché. C’est l’argument de l’aléa moral appliqué au rôle de prêteur en dernier ressort.

Pourquoi l’État grossit. Dans un article de 1981 publié dans le Journal of Political Economy, Meltzer et Scott Richard expliquent la taille de l’État par le vote. Lorsque le revenu de l’électeur médian est inférieur au revenu moyen, une majorité a intérêt à voter pour davantage d’impôts et de redistribution ; l’élargissement du droit de vote à des électeurs plus modestes pousse donc les dépenses publiques à la hausse. Ce « modèle de Meltzer-Richard » appartient à la théorie du choix public.

Une œuvre en contexte : A History of the Federal Reserve

Le premier volume, publié en 2003 par les presses de l’université de Chicago, couvre la période de la création de la Fed en 1913 à l’accord de 1951 avec le Trésor. Le second, paru en deux tomes, va de 1951 à la fin de la Grande Inflation au milieu des années 1980. L’ensemble dépasse 2 000 pages et a demandé quatorze ans de travail.

La thèse centrale porte sur les idées. Fondée sur l’étalon-or et la doctrine des effets réels, selon laquelle la banque centrale doit seulement fournir le crédit que réclame le commerce, la Fed s’est laissé guider entre 1930 et 1933 par des indicateurs trompeurs. Pour Meltzer, une mauvaise doctrine fut la cause première de son échec face à la Grande Dépression : si elle avait maintenu la croissance de la monnaie, le pays et le monde auraient évité des années de crise. Il raconte ensuite comment la Fed perd son indépendance pendant la guerre, en fixant les taux pour financer le Trésor, puis la retrouve avec l’accord du 4 mars 1951.

Le second volume explique la Grande Inflation par deux sources d’erreur : les pressions politiques et les croyances fausses, notamment la confiance dans la courbe de Phillips et dans le réglage fin. Paul Volcker y apparaît comme celui qui y met fin. La conclusion, citée par John Taylor, tient en une phrase : la politique discrétionnaire a échoué en 1929-1933, en 1965-1980 et de nouveau à l’époque où il écrit. L’ouvrage est salué comme une référence, notamment par Marvin Goodfriend et par Taylor, qui en discute pourtant certains passages.

Les critiques et les débats

L’inflation qui n’est pas venue. En mai 2009, Meltzer prévenait dans le New York Times que la hausse massive des réserves bancaires due aux achats de titres de la Fed provoquerait une forte inflation si elle se prolongeait. Quatre ans plus tard, avec le quantitative easing toujours en cours, l’inflation américaine mesurée par les prix à la consommation tournait autour de 1,4 % sur un an. Paul Krugman a contesté son affirmation selon laquelle personne n’avait prévu cette absence d’inflation.

Lehman Brothers, jugé deux fois. En septembre 2008, Meltzer critiquait le sauvetage de l’assureur AIG et citait en exemple la faillite de Lehman Brothers, dont Barclays avait racheté une partie des actifs en quelques jours. Un an plus tard, dans le Wall Street Journal, il qualifiait au contraire d’erreur historique le fait d’avoir laissé tomber Lehman sans prévenir, après trente ans de sauvetages : selon lui, le tort venait du changement de règle en pleine récession.

La commission Meltzer. Le rapport majoritaire de 2000 recommandait que la Banque mondiale cesse de prêter aux pays à revenu intermédiaire. Quatre des membres nommés par les démocrates ont signé une opinion dissidente, et d’anciens responsables de la Banque, comme David de Ferranti, y ont vu des préjugés idéologiques plutôt qu’une connaissance du fonctionnement de l’institution. Aucune administration n’a appliqué ses recommandations.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Le monétarisme de stricte croissance de la masse monétaire a été abandonné par les banques centrales, mais une partie du message de Meltzer est devenue la norme : la responsabilité de la banque centrale dans l’inflation, l’importance de sa crédibilité et la préférence pour une conduite prévisible, dont les règles de taux d’intérêt sont l’héritage. Son histoire de la Fed reste l’ouvrage de référence, et le Shadow Open Market Committee a continué de se réunir deux fois par an après son départ.

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

Meltzer apprend à lire une banque centrale comme une institution qui peut se tromper durablement. Ses deux sources d’erreur, la pression politique et la doctrine dominante, offrent une grille utile pour suivre la politique monétaire : qui fait pression sur la Fed, et sur quelle théorie s’appuie-t-elle ? Son épisode Lehman rappelle aussi que l’incertitude sur les règles du sauvetage peut peser autant que le sauvetage lui-même. Mais ses prévisions de 2009 montrent les limites de l’exercice : un raisonnement solide sur la monnaie ne dit pas quand l’inflation arrive, ni si elle arrive. Les marchés réagissent aux décisions effectives, pas aux scénarios, même bien argumentés.

Questions fréquentes

Qu’a apporté Allan Meltzer à l’économie ?

Allan Meltzer a contribué avec Karl Brunner à fonder le monétarisme, écrit l’histoire de référence de la Réserve fédérale et proposé avec Scott Richard un modèle expliquant la taille de l’État par le vote de l’électeur médian.

Qu’est-ce que le Shadow Open Market Committee ?

C’est un groupe d’économistes fondé en 1973 par Karl Brunner et Allan Meltzer pour critiquer publiquement les décisions du comité de politique monétaire de la Fed et proposer une alternative monétariste. Meltzer l’a présidé jusqu’en 1999.

Quel livre lire d’Allan Meltzer ?

Son œuvre majeure est A History of the Federal Reserve, en deux volumes, non traduite en français. Plus court, Why Capitalism ? (2012) expose sa défense du capitalisme et sa critique des sauvetages publics.

Allan Meltzer était-il libéral ?

Oui, au sens économique : il défendait le marché, la responsabilité des entreprises face à la faillite et des règles limitant la discrétion des autorités. Il a présidé la Société du Mont-Pèlerin de 2012 à 2014.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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