DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Ben Bernanke : biographie, idées et héritage

Ben Bernanke, né en 1953, a montré que les faillites bancaires aggravent les dépressions, puis a dirigé la Fed pendant la crise de 2008. Prix Nobel 2022.

Ben Bernanke : biographie, idées et héritage

Qui est Ben Bernanke ?

Ben Bernanke (né en 1953) est un économiste américain, spécialiste de la Grande Dépression et des crises bancaires, qui a présidé la Réserve fédérale des États-Unis de 2006 à 2014 et reçu le prix Nobel d’économie en 2022.

Avant d’entrer à la Fed, il a longtemps étudié une question : pourquoi la crise de 1929 a-t-elle été si profonde et si longue ? Sa réponse, centrée sur l’effondrement des banques et du crédit, a guidé les décisions qu’il a prises en 2008. Ses partisans lui attribuent d’avoir évité une nouvelle dépression ; ses critiques lui reprochent de n’avoir pas vu venir la crise et d’avoir sauvé des institutions imprudentes.

Ben Bernanke en résumé

Ben Bernanke a montré en 1983 que les faillites bancaires des années 1930 ont aggravé la Grande Dépression en détruisant le crédit, et pas seulement en réduisant la quantité de monnaie. Avec Mark Gertler et Simon Gilchrist, il a formalisé l’accélérateur financier, le mécanisme par lequel la dégradation des bilans amplifie les récessions. Président de la Fed pendant la crise de 2007-2008, il a ramené les taux à zéro, prêté massivement aux institutions financières et lancé l’assouplissement quantitatif. Il a aussi doté la Fed d’un objectif d’inflation chiffré de 2 %. Le prix Nobel 2022 a récompensé ses recherches sur les banques et les crises financières.

  • Naissance : 13 décembre 1953, à Augusta (Géorgie, États-Unis)
  • Nationalité : américaine
  • Courant : macroéconomie monétaire et financière, économie de la Grande Dépression
  • Œuvres principales : « Nonmonetary Effects of the Financial Crisis in the Propagation of the Great Depression » (1983), Essays on the Great Depression (2000), Mémoires de crise (The Courage to Act, 2015)
  • Distinctions : prix Nobel d’économie 2022, partagé avec Douglas Diamond et Philip Dybvig ; personnalité de l’année du magazine Time en 2009
  • Idée la plus connue : les crises bancaires détruisent le crédit et transforment une récession en dépression

De Dillon à la Fed : un spécialiste de la crise de 1929 face à celle de 2008

Ben Shalom Bernanke naît le 13 décembre 1953 à Augusta, en Géorgie, et grandit à Dillon, en Caroline du Sud, où il sort premier de sa promotion du lycée en 1971. Il obtient à Harvard, en 1975, sa licence d’économie avec la mention la plus haute (summa cum laude). Il soutient en 1979 un doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT), sous la direction de Stanley Fischer, avec une thèse sur les engagements de long terme et le cycle économique.

Il enseigne d’abord à l’école de commerce de Stanford, de 1979 à 1985, puis rejoint Princeton en 1985. Il y dirige le département d’économie de 1996 à 2002. En 1983, il publie l’article qui fonde sa réputation, sur le rôle des faillites bancaires dans la Grande Dépression. Il devient en 2001 rédacteur en chef de l’American Economic Review, l’une des principales revues d’économie.

En 2002, il est nommé au conseil des gouverneurs de la Fed, où il siège jusqu’en 2005. Il préside ensuite le Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche, de juin 2005 à janvier 2006, avant que George W. Bush le choisisse pour succéder à Alan Greenspan. Il prend la présidence de la Fed le 1er février 2006. Reconduit par Barack Obama, il est confirmé par le Sénat le 28 janvier 2010 par 70 voix contre 30 et quitte ses fonctions le 31 janvier 2014. Janet Yellen lui succède.

Depuis février 2014, il est chercheur à la Brookings Institution, un centre de recherche de Washington. En 2015, il publie ses mémoires, The Courage to Act, traduites la même année au Seuil sous le titre Mémoires de crise, et devient conseiller du fonds Citadel et du gestionnaire obligataire Pimco. Il publie en 2022 21st Century Monetary Policy, une histoire de la politique de la Fed depuis la grande inflation des années 1970 jusqu’au Covid-19.

Les idées clés

Les banques, et pas seulement la monnaie. Dans leur histoire monétaire des États-Unis, Milton Friedman et Anna Schwartz attribuaient la gravité de la Grande Dépression à la contraction de la masse monétaire laissée faire par la Fed, une lecture au cœur du monétarisme. Bernanke ne la conteste pas, mais la juge insuffisante pour expliquer la durée et la profondeur de la crise. Une banque accumule des informations sur ses emprunteurs, que d’autres prêteurs n’ont pas ; quand elle fait faillite, ce savoir disparaît, le crédit devient plus cher et plus rare, et l’investissement s’effondre.

L’accélérateur financier. Avec Mark Gertler (1989), puis avec Gertler et Simon Gilchrist (1996), il décrit une boucle qui amplifie les chocs : une récession fait baisser la valeur des actifs et la richesse nette des emprunteurs, les prêteurs exigent alors des primes plus élevées ou ferment le robinet, ce qui réduit encore l’activité. Les emprunteurs les plus fragiles, petites entreprises et ménages, sont coupés du crédit les premiers, un phénomène que les auteurs appellent la « fuite vers la qualité ». Le guide détaille ce mécanisme dans la fiche consacrée à l’accélérateur financier.

La banque centrale contre la déflation. Le 21 novembre 2002, Bernanke prononce un discours intitulé « Deflation : Making Sure “It” Doesn’t Happen Here ». Il y soutient qu’une banque centrale n’est jamais désarmée face à la déflation (une baisse générale et durable des prix), même avec des taux à zéro, parce qu’un État qui dispose de la planche à billets, ou de son équivalent électronique, peut toujours créer de la monnaie. Il compare une baisse d’impôts financée par création monétaire au « lâcher de monnaie par hélicoptère » imaginé par Friedman, ce qui lui vaudra chez ses critiques le surnom de « Helicopter Ben ».

Le prêteur en dernier ressort. Si la panique bancaire est ce qui transforme une récession en dépression, la priorité en crise est d’empêcher les faillites en chaîne en prêtant aux institutions solvables privées de liquidités. Bernanke a appliqué ce principe à grande échelle en 2008 : c’est la fonction de prêteur en dernier ressort.

Un objectif d’inflation explicite. Dans Inflation Targeting, publié à la fin des années 1990 et écrit avec Thomas Laubach, Frederic Mishkin et Adam Posen, il défend le ciblage d’inflation : la banque centrale annonce publiquement un taux d’inflation à atteindre, ce qui rend sa politique plus lisible. Le 25 janvier 2012, sous sa présidence, la Fed adopte officiellement un objectif de 2 % par an, mesuré par l’indice des prix des dépenses de consommation des ménages.

Une œuvre en contexte : la crise de 2008 vue de la Fed

Quand la crise des subprimes éclate en 2007, le président de la Fed est l’un des meilleurs connaisseurs de la Grande Dépression. Six ans plus tôt, le 8 novembre 2002, lors d’une conférence à l’université de Chicago pour les 90 ans de Milton Friedman, il avait conclu son discours en s’adressant à Friedman et Schwartz : au nom de la Fed, il reconnaissait qu’ils avaient raison sur la responsabilité de l’institution dans la Grande Dépression, s’en excusait, et promettait que, grâce à eux, elle ne recommencerait pas.

Cette promesse est mise à l’épreuve en 2008. La Fed aide JPMorgan Chase à racheter Bear Stearns au printemps. Lehman Brothers dépose son bilan le 15 septembre ; le lendemain, la Fed de New York accorde à l’assureur AIG une ligne de crédit pouvant atteindre 85 milliards de dollars, en invoquant l’article 13(3) du Federal Reserve Act, qui permet de prêter à des institutions non bancaires dans des circonstances exceptionnelles. Le taux directeur, encore à 4,25 % à la fin de 2007, est ramené le 16 décembre 2008 dans une fourchette de 0 à 0,25 %.

Les taux ne pouvant plus baisser, la Fed achète directement des titres. Le 25 novembre 2008, elle annonce jusqu’à 100 milliards de dollars d’achats de dettes émises par les agences de crédit immobilier et jusqu’à 500 milliards de titres adossés à des prêts hypothécaires : c’est le début de l’assouplissement quantitatif. Suivent un deuxième programme de 600 milliards de dollars d’obligations du Trésor, annoncé en novembre 2010, puis un troisième, sans limite de durée, lancé en septembre 2012. La Fed adopte aussi les « indications prospectives » : en décembre 2012, elle annonce que les taux resteront exceptionnellement bas tant que le chômage dépassera 6,5 % et que l’inflation anticipée restera contenue.

Le 22 mai 2013, devant le Congrès, il évoque un possible ralentissement des achats d’actifs. La nervosité des marchés obligataires qui suit est restée sous le nom de taper tantrum, la « crise de nerfs du ralentissement ». La réduction des achats commence en janvier 2014, au moment de son départ. Dans Mémoires de crise (2015), Bernanke reconnaît avoir tardé à mesurer la gravité de la crise, tout en défendant l’action de la Fed.

Les critiques et les débats

Une crise qui n’avait pas été vue. Le 20 février 2004, Bernanke consacre un discours à la « Grande Modération », la baisse de la volatilité de la production et de l’inflation au cours des deux décennies précédentes, qu’il attribue en bonne partie à une meilleure politique monétaire. Le 28 mars 2007, devant le Congrès, il estime que les difficultés du marché des subprimes semblent devoir rester circonscrites. Ses détracteurs y voient la preuve que la macroéconomie dominante, lui compris, avait sous-estimé les risques financiers que des économistes comme Hyman Minsky décrivaient depuis longtemps.

Les sauvetages et l’aléa moral. Sauver Bear Stearns et AIG, c’est protéger des créanciers qui avaient pris des risques en connaissance de cause. Les critiques y voient un encouragement à recommencer, ce que les économistes appellent l’aléa moral, et une injustice envers les contribuables. Le cas Lehman est discuté en sens inverse : les dirigeants de la Fed, dont Bernanke, ont expliqué qu’elle ne pouvait légalement sauver la banque faute de garanties suffisantes, mais l’économiste Laurence Ball soutient, dans un travail publié en 2016, que la Fed en avait le pouvoir et que l’argument juridique n’était pas la vraie raison.

L’assouplissement quantitatif en procès. Des économistes reprochent aux achats massifs de titres d’avoir gonflé le prix des actions et de l’immobilier, donc d’avoir surtout enrichi les détenteurs d’actifs. Anna Schwartz elle-même, la coautrice de Friedman, publie en juillet 2009 dans le New York Times une tribune demandant à Barack Obama de ne pas reconduire Bernanke. Ses défenseurs répondent que l’inaction aurait coûté bien plus cher, d’abord aux chômeurs, et que la forte inflation annoncée par certains ne s’est pas produite pendant son mandat.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Les outils lancés sous Bernanke sont devenus la boîte à outils ordinaire des banques centrales : taux zéro, achats d’actifs, indications prospectives, objectif d’inflation de 2 %, conférences de presse. La Fed les a réemployés en 2020 face au Covid-19. L’idée que les frictions du crédit amplifient les cycles est désormais intégrée aux modèles macroéconomiques des banques centrales.

Le prix Nobel 2022, partagé avec Douglas Diamond et Philip Dybvig, auteurs d’un modèle de référence des paniques bancaires, consacre cette approche : les banques ne sont pas un simple tuyau entre épargnants et emprunteurs, et leur effondrement a des effets durables sur l’économie réelle.

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

Bernanke donne une grille de lecture des crises : ce qui compte n’est pas seulement la baisse des cours, mais l’état du crédit. Un écart qui se creuse entre les taux des emprunteurs fragiles et ceux de l’État, des banques qui se prêtent moins entre elles ou des retraits massifs de dépôts signalent que l’accélérateur financier se met en marche.

Il a aussi changé la manière dont les marchés écoutent les banques centrales. Depuis les indications prospectives et les conférences de presse, une phrase du président de la Fed peut déplacer les taux longs autant qu’une décision, comme l’a montré le taper tantrum de 2013 et, plus tard, la fin du QE. Comprendre ce langage, et savoir qu’une banque centrale peut intervenir massivement en cas de panique, aide à interpréter les mouvements de marché ; cela ne garantit ni le moment ni l’ampleur d’une intervention.

Questions fréquentes

Qu’a apporté Ben Bernanke à l’économie ?

Ben Bernanke a montré que les faillites bancaires des années 1930 ont aggravé la Grande Dépression en détruisant le crédit, et il a formalisé avec Mark Gertler et Simon Gilchrist l’accélérateur financier. Ses recherches sur les banques et les crises financières lui ont valu le prix Nobel d’économie en 2022.

Pourquoi appelle-t-on Ben Bernanke « Helicopter Ben » ?

Le surnom vient d’un discours de novembre 2002 sur la déflation, où il comparait une baisse d’impôts financée par création monétaire au « lâcher de monnaie par hélicoptère » de Milton Friedman.

Quel livre lire de Ben Bernanke ?

Pour la crise de 2008, Mémoires de crise (Seuil, 2015), traduction de The Courage to Act. Pour ses recherches, Essays on the Great Depression (2000), et pour l’histoire récente de la Fed, 21st Century Monetary Policy (2022).

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.