John F. Kennedy : biographie, dollar et impôts du 35e président
Trente-cinquième président des États-Unis, John F. Kennedy a gouverné mille jours entre crises nucléaires et dollar menacé, proposé de taxer les achats de titres étrangers et préparé la grande baisse d’impôts votée après sa mort.

Qui était John F. Kennedy ?
John Fitzgerald Kennedy (1917-1963), souvent appelé JFK, est un homme politique américain, membre du Parti démocrate, élu en novembre 1960 trente-cinquième président des États-Unis. Il exerça ses fonctions du 20 janvier 1961 jusqu’à son assassinat à Dallas, le 22 novembre 1963, et fut le premier président catholique du pays.
Sa mémoire tient à la jeunesse, au style et à la mort tragique. Sa présidence fut aussi celle d’un dollar sous pression : un pays qui avait l’or du monde voyait ses réserves fondre, et un président qui disait vouloir conquérir la Lune proposait de taxer les achats de titres étrangers pour freiner la sortie des capitaux.
John F. Kennedy en résumé
Deuxième fils d’une dynastie irlando-américaine de Boston, héros de la guerre du Pacifique, Kennedy entre à la Chambre des représentants en 1947 et au Sénat en 1953. Élu de justesse contre Richard Nixon en 1960, il gouverne pendant la période la plus dangereuse de la guerre froide. Son programme intérieur, la Nouvelle Frontière, est en grande partie voté après sa mort, sous Lyndon Johnson.
- Époque : Le XXe siècle
- Naissance : 29 mai 1917, Brookline (Massachusetts)
- Mort : 22 novembre 1963, Dallas (Texas), assassiné
- Pays : États-Unis
- Fonctions : représentant du Massachusetts (1947-1953), sénateur du Massachusetts (1953-1960), président des États-Unis (20 janvier 1961-22 novembre 1963)
- Œuvre principale : la sortie de la crise des missiles de Cuba (1962), le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires (1963), le programme Apollo, la baisse d’impôts de 1964 et l’Interest Equalization Tax
- À retenir : un président qui défendit la parité de 35 dollars l’once d’or par une batterie d’expédients, et prépara la relance budgétaire la plus keynésienne de l’après-guerre
La vie de John F. Kennedy : le fils cadet qui hérita du destin de son frère
John Fitzgerald Kennedy naît le 29 mai 1917 à Brookline, près de Boston, deuxième des neuf enfants de Joseph Kennedy, spéculateur enrichi à Wall Street et à Hollywood, et de Rose Fitzgerald, fille d’un maire de Boston. De santé fragile, il étudie à Harvard, dont il sort en 1940 ; son mémoire sur l’impréparation britannique devant Hitler, publié sous le titre Why England Slept, devient un succès de librairie, avec l’aide de son père.
Officier de marine, il commande dans les îles Salomon la vedette lance-torpilles PT-109, coupée en deux par un destroyer japonais dans la nuit du 1er au 2 août 1943 ; il sauve plusieurs de ses hommes. La mort de son frère aîné, Joseph Jr., pilote abattu en 1944, reporte sur lui les ambitions paternelles. Élu à la Chambre des représentants en 1946, il bat en 1952 le sénateur républicain Henry Cabot Lodge Jr. Il épouse Jacqueline Bouvier en 1953 et publie en 1956 Profiles in Courage, couronné l’année suivante par le prix Pulitzer.
En 1960, il remporte les primaires démocrates, puis l’élection contre le vice-président Richard Nixon, avec une avance d’un peu plus de 100 000 voix sur près de 69 millions. Dès avril 1961, le débarquement d’exilés cubains entraînés par la CIA dans la baie des Cochons tourne au fiasco. Il rencontre Khrouchtchev à Vienne en juin ; en août, le mur de Berlin est construit. En octobre 1962, la découverte de missiles soviétiques à Cuba ouvre treize jours de crise, conclus par un retrait négocié des missiles contre la promesse de ne pas envahir l’île et, secrètement, le retrait des missiles américains de Turquie.
L’année 1963 est celle d’une détente prudente : discours de l’American University en juin, visite à Berlin-Ouest le 26 juin, traité d’interdiction partielle des essais nucléaires signé en août. Au Vietnam, le nombre de conseillers militaires américains dépasse 16 000, et Washington laisse renverser le président sud-vietnamien Diêm, tué le 2 novembre. Le 22 novembre 1963, à Dallas, Kennedy est abattu dans sa voiture découverte. Lee Harvey Oswald, arrêté le jour même, est tué deux jours plus tard par Jack Ruby. La commission Warren conclut en 1964 qu’Oswald a agi seul.
Qu’a accompli John F. Kennedy, et que reste-t-il de son œuvre ?
Son bilan législatif est mince de son vivant : le Congrès, dominé par une coalition de républicains et de démocrates du Sud, bloque la plupart de ses projets. La loi sur les droits civiques, qu’il présente en juin 1963, et la baisse d’impôts ne sont votées qu’en 1964, sous Johnson, qui invoque sa mémoire. Le programme Apollo, lancé par son discours de mai 1961, conduit des Américains sur la Lune en juillet 1969.
En politique étrangère, la gestion de la crise de Cuba, après le désastre de la baie des Cochons, passe pour un modèle de fermeté et de retenue. Elle débouche sur la ligne directe entre Washington et Moscou et sur le traité de 1963. Son héritage vietnamien est plus discuté : il a multiplié par plus de dix les effectifs américains, sans engager de troupes combattantes, et nul ne sait ce qu’il aurait fait ensuite.
Comment John F. Kennedy a-t-il financé son pouvoir ?
La carrière de Kennedy commence par la fortune de son père. Joseph Kennedy a placé une partie de ses gains dans des fonds en fiducie qui rendent chacun de ses enfants indépendant à l’âge adulte. Il finance les campagnes de 1946, de 1952 et de 1960, achète de la publicité, fait diffuser à grande échelle le récit du sauvetage de la PT-109. Ses adversaires disaient que l’argent de la famille avait acheté la primaire de Virginie-Occidentale en 1960 ; rien n’a été prouvé, mais personne n’ignorait que les Kennedy pouvaient dépenser plus que les autres. Le président, lui, reversait son traitement à des œuvres de charité.
Au pouvoir, Kennedy hérite d’une inquiétude que le public perçoit mal : le dollar. Depuis les accords de Bretton Woods, il est convertible en or à 35 dollars l’once pour les banques centrales étrangères. Or les États-Unis ont un déficit chronique de leur balance des paiements, nourri par les dépenses militaires à l’étranger, l’aide extérieure et les investissements des entreprises américaines en Europe. Les dollars s’accumulent hors des États-Unis, le stock d’or américain diminue. Le 20 octobre 1960, en pleine campagne, l’once d’or monte jusqu’à 40 dollars environ sur le marché de Londres ; le 31 octobre, à Philadelphie, Kennedy promet de ne pas dévaluer le dollar.
Président, il s’y tient par une série d’expédients. Début février 1961, le Trésor de Douglas Dillon et la Réserve fédérale lancent ce qu’on surnommera l’opération « Twist » : faire baisser les taux longs, qui commandent l’investissement, sans laisser baisser les taux courts, dont dépend la fuite des capitaux vers l’Europe. L’effet sur les taux longs fut modeste, de l’ordre de 0,15 point selon une étude publiée par la Réserve fédérale de San Francisco en 2011. Le 6 février, un message spécial au Congrès sur l’or et la balance des paiements annonce d’autres mesures. En novembre 1961, les États-Unis et sept pays européens forment le pool de l’or de Londres, chargé de défendre le prix de 35 dollars. Le sous-secrétaire au Trésor Robert Roosa émet des obligations en devises étrangères pour éviter des conversions en or. Le 18 juillet 1963, Kennedy propose l’Interest Equalization Tax : un impôt de 15 % sur les achats d’actions étrangères par des résidents américains, et un taux dégressif sur les obligations selon leur durée, applicable aux achats effectués après cette date ; la loi ne fut signée par Johnson que le 2 septembre 1964, avec effet rétroactif. Le but est de neutraliser l’écart de rendement qui attire l’épargne américaine vers l’Europe. Prévue pour être temporaire, la taxe dure jusqu’en 1974. Elle eut un effet imprévu : les émetteurs étrangers se tournèrent vers Londres, où le marché des euro-obligations, libellées en dollars hors des États-Unis, venait de naître avec l’emprunt des autoroutes italiennes Autostrade, en juillet 1963.
Sur le plan budgétaire, Kennedy se laisse convaincre par ses économistes, Walter Heller en tête, président du Conseil des conseillers économiques et disciple de Keynes. La croissance est faible et le chômage proche de 6 %. Le 14 décembre 1962, devant l’Economic Club de New York, il plaide pour une baisse des impôts qui, paradoxalement selon lui, ferait à terme rentrer plus de recettes. Le projet, présenté en janvier 1963, est voté après sa mort et signé par Johnson le 26 février 1964 : le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu passe de 91 % à 70 %, l’impôt sur les sociétés de 52 % à 48 %, et l’ensemble des barèmes baisse d’environ un cinquième. Kennedy avait déjà fait voter en 1962 un crédit d’impôt pour l’investissement des entreprises.
Le président eut aussi ses affrontements avec le monde des affaires. Le 10 avril 1962, U.S. Steel annonce une hausse de 6 dollars par tonne d’acier, quelques jours après un accord salarial que la Maison-Blanche avait obtenu pour contenir l’inflation. Kennedy menace d’enquêtes et de commandes publiques détournées ; en trois jours, les sidérurgistes renoncent. La Bourse, elle, baissait depuis décembre 1961 : l’indice S&P 500 recula d’environ 22 % jusqu’en juin 1962, et le Dow Jones perdit 5,7 % dans la seule séance du 28 mai. La presse parla du « Kennedy Slide », et une partie de Wall Street y vit la sanction de l’affaire de l’acier ; l’enquête de la SEC ne trouva pas de cause unique.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de John F. Kennedy ?
Le mythe de « Camelot » est né après sa mort, d’un entretien de Jacqueline Kennedy avec le journaliste Theodore White, publié par Life en décembre 1963, qui comparait les mille jours à la cour du roi Arthur. Il a longtemps fait écran à une réalité plus prosaïque : l’homme jeune et sportif souffrait de la maladie d’Addison et de douleurs de dos chroniques, cachées au public, comme ses nombreuses liaisons.
Plusieurs pièces de la légende ont été fabriquées de son vivant. Le récit héroïque de la PT-109, réel dans ses grandes lignes, doit sa diffusion à l’entreprise publicitaire paternelle. Profiles in Courage a été écrit en grande partie par son conseiller Ted Sorensen, qui l’a reconnu dans ses mémoires en 2008. À l’inverse, on se moque à tort de sa phrase de Berlin, « Ich bin ein Berliner » : elle ne signifie pas « je suis un beignet » pour un auditoire allemand, qui l’a comprise comme il fallait.
Sa formule la plus célèbre est authentique : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays », prononcée dans son discours d’investiture du 20 janvier 1961. Quant aux théories du complot sur l’assassinat, elles n’ont jamais produit de preuve solide contre les conclusions de la commission Warren. Une commission de la Chambre des représentants conclut en 1979 à une probable conspiration, sur la foi d’un enregistrement sonore dont l’analyse fut réfutée en 1982 par un comité de l’Académie nationale des sciences ; les théories, elles, ont prospéré.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Les premiers récits viennent de ses collaborateurs : Arthur Schlesinger (A Thousand Days, 1965) et Ted Sorensen (Kennedy, 1965) ont fixé l’image d’un président en apprentissage, mûri par la baie des Cochons. La génération suivante a été plus sévère : Richard Reeves (President Kennedy : Profile of Power, 1993) décrit un dirigeant improvisateur ; Seymour Hersh (The Dark Side of Camelot, 1997) un homme imprudent, dans un livre lui-même critiqué pour ses sources. Robert Dallek (An Unfinished Life, 2003), qui a eu accès aux dossiers médicaux, propose la synthèse la plus équilibrée ; Fredrik Logevall a entrepris une biographie en plusieurs volumes, dont le premier a paru en 2020.
Sur l’économie, les historiens voient dans la baisse d’impôts de 1964 la consécration de la politique keynésienne de stabilisation, suivie d’une forte croissance. D’autres, du côté de l’économie de l’offre, en ont fait un précédent de leurs propres baisses de taux, lecture que d’autres jugent anachronique, les taux de départ n’ayant rien de commun. Sur le dollar, les travaux de Francis Gavin (Gold, Dollars, and Power, 2004) montrent que la défense de la parité-or fut une contrainte stratégique de premier rang, discutée au même niveau que le déploiement des troupes en Europe.
Que peut apprendre de John F. Kennedy celui qui décide ?
Kennedy a commis une grave erreur en avril 1961 et en a tiré des leçons en octobre 1962. Sa politique monétaire, elle, montre les limites des expédients face à un déséquilibre de fond.
- Un groupe soudé peut décider très mal : la baie des Cochons est devenue l’exemple classique de la pensée de groupe, étudiée par le psychologue Irving Janis.
- Corriger la méthode après l’échec : pendant la crise des missiles, Kennedy fit débattre des options contradictoires et garda une porte de sortie à l’adversaire.
- Taxer un flux de capitaux le déplace plus qu’il ne l’arrête : l’Interest Equalization Tax a contribué à faire de Londres la place des euro-obligations.
- Défendre un prix fixe par des mesures successives gagne du temps sans régler le déséquilibre : la parité de 35 dollars tomba huit ans après sa mort, en 1971.
Quels livres lire sur John F. Kennedy ?
- Arthur M. Schlesinger, Les 1000 jours de Kennedy, traduit de l’américain sous la direction de Roland Mehl, Denoël, 1966 : le témoignage d’un conseiller historien.
- André Kaspi, John F. Kennedy. Une famille, un président, un mythe, Complexe, 2007 : la synthèse d’un historien français des États-Unis.
- Thomas Snégaroff, Kennedy. Une vie en clair-obscur, Armand Colin, 2013 : une biographie attentive au mythe.
- Robert Dallek, An Unfinished Life : John F. Kennedy, 1917-1963, Little, Brown, 2003 : la biographie de référence, en anglais.
- Fredrik Logevall, JFK : Coming of Age in the American Century, 1917-1956, Random House, 2020 : le premier volume de la biographie la plus récente, en anglais.
- Francis J. Gavin, Gold, Dollars, and Power : The Politics of International Monetary Relations, 1958-1971, University of North Carolina Press, 2004 : la bataille du dollar vue de Washington, en anglais.
Questions fréquentes sur John F. Kennedy
Qu’est-ce que l’Interest Equalization Tax de Kennedy ?
C’est un impôt proposé par Kennedy le 18 juillet 1963 sur les achats de titres étrangers par des résidents américains : 15 % du prix pour les actions, un taux dégressif selon la durée pour les obligations. Il visait à réduire la sortie de capitaux et le déficit de la balance des paiements, et resta en vigueur jusqu’en 1974.
Kennedy a-t-il baissé les impôts ?
Il a proposé en janvier 1963 une baisse générale de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés, votée après sa mort et signée par Lyndon Johnson le 26 février 1964. Le taux marginal supérieur passa de 91 % à 70 % et l’impôt sur les sociétés de 52 % à 48 %.
Quel rôle a joué Joseph Kennedy dans la carrière de son fils ?
Un rôle décisif. L’ancien spéculateur et premier président de la SEC finança ses campagnes, mobilisa ses relations et organisa sa publicité dès 1946. Une attaque cérébrale, en décembre 1961, le priva ensuite de toute influence.
Que signifie « Ich bin ein Berliner » ?
« Je suis un Berlinois. » Kennedy prononça la phrase le 26 juin 1963 devant l’hôtel de ville de Schöneberg, à Berlin-Ouest, en signe de solidarité. L’idée qu’il aurait dit « je suis un beignet » est une plaisanterie apparue bien plus tard.
Pour aller plus loin
- John Kenneth Galbraith, pour l’économiste keynésien qui fut son ambassadeur en Inde
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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