Qu’est-ce que le choix rationnel en économie ?

Qu’est-ce que le choix rationnel ?
Dans tous les domaines de la vie d’un Homme, ce dernier agit de manière rationnelle lorsqu’il est question de prendre des décisions. Par exemple, lors d’une décision d’investissement, un investisseur fait ses choix, en fonction de l’utilité qui en découle. On regarde en fait le bénéfice qu’il est possible d’obtenir à partir de chaque décision. C’est ce niveau d’utilité, qui correspond donc à un niveau de satisfaction ou de bénéfice, qui nous amène à y associer un niveau de risque acceptable.
Une rationalité totale des décisions voudrait que les acteurs aient un parfait accès à l’information afin de pouvoir prendre la décision la plus rationnelle, ce qui n’est actuellement pas possible.
Gary Becker est un théoricien de la rationalité. Il explique que la rationalité n’est pas identique pour tous les acteurs économiques, qu’elle dépend des préférences de chacun, du revenu et qu’elle est dépendante de la notion de temps. Une décision est parfois différente si deux personnes ont le même choix à faire mais avec un temps différent pour prendre la décision. De plus, si ces deux personnes n’ont pas les mêmes informations clés pour prendre la décision, il est normal qu’elles fassent des choix différents.
Les économistes utilisent le concept de rationalité afin de faire des prévisions sur les tendances économiques à venir. Elle est également utilisée fréquemment en sociologie pour comprendre le comportement des gens au sein d’un groupe de pairs mais aussi en politique pour comprendre des résultats d’élections ou pour analyser les relations entre États.

Les investisseurs sont-ils rationnels en Bourse ?
En bourse, le comportement rationnel des acteurs sur le marché a permis la mise au point de théories comme celle de Fama et sa théorie de l’efficience des marchés. Cette théorie part du principe que les acteurs du marché agissent de façon rationnelle, avec les mêmes informations disponibles pour tous et donc que le marché a un comportement lui-même rationnel. Cette rationalité des investisseurs est tout de même remise en question par d’autres théories comme celle de la finance comportementale.
Quelles sont les limites de la rationalité ?
Gary Becker part du principe que tous les choix sont dictés par un comportement rationnel. Il existe des cas, comme la décision de boire pour un alcoolique ou de tuer pour un psychopathe qui relèvent de comportement soumis à l’addiction et à l’impulsion plutôt qu’à de réelles réflexions rationnelles.
Le choix rationnel en résumé
La théorie du choix rationnel suppose qu’un individu, placé devant plusieurs options, retient celle qui lui procure la plus grande satisfaction (les économistes disent « utilité »), compte tenu de ses préférences, de ses moyens et de l’information dont il dispose. Rationnel ne veut pas dire égoïste, ni infaillible : cela veut dire cohérent avec ses propres objectifs.
Hypothèse de départ de la microéconomie, elle a été étendue depuis les années 1950 au vote, à la famille, au crime ou à l’éducation.
D’où vient la théorie du choix rationnel ?
Les économistes néoclassiques de la fin du XIXe siècle, comme William Stanley Jevons, décrivent déjà un consommateur qui maximise son utilité. Au XXe siècle, on renonce à mesurer le plaisir pour ne poser que des règles de cohérence entre les choix.
Le mouvement d’extension commence en science politique. En 1957, Anthony Downs publie An Economic Theory of Democracy, qui analyse partis et électeurs comme des acteurs qui poursuivent leurs intérêts : c’est l’usage « en politique » que mentionne le texte ci-dessus, et l’origine de la théorie du choix public. En sociologie, James Coleman en propose une version systématique dans Foundations of Social Theory (1990).
Gary Becker (1930-2014), de l’université de Chicago, est celui qui pousse la logique le plus loin. Il l’applique à la délinquance dans « Crime and Punishment : An Economic Approach » (Journal of Political Economy, 1968), réunit sa méthode dans The Economic Approach to Human Behavior (1976), puis l’étend au mariage et aux enfants dans A Treatise on the Family (1981). Il reçoit le prix Nobel d’économie en 1992 pour avoir étendu l’analyse microéconomique à un large éventail de comportements humains, y compris hors des marchés.
Que veut dire « rationnel » ?
Dans sa version moderne, la théorie demande peu de choses à l’individu. Il doit pouvoir comparer deux options quelconques (il préfère l’une, ou les juge équivalentes), et ses préférences doivent être transitives : s’il préfère A à B et B à C, il préfère A à C. Ce que l’individu désire (de l’argent, du temps libre, la réussite de ses enfants, une bonne cause) n’est pas jugé. Seule compte la cohérence.
Imaginons un investisseur dont les préférences tournent en rond : il préfère une action A à une obligation B, l’obligation B à un fonds C, et le fonds C à l’action A. Il détient le fonds C. Il paiera 1 € pour l’échanger contre l’obligation B, puis 1 € pour passer de B à A, puis encore 1 € pour revenir de A à C. Il se retrouve avec le même placement qu’au départ et 3 € de moins, et le manège peut recommencer. La transitivité protège contre ce genre d’exploitation.
Quand le résultat d’un choix est incertain, la théorie se prolonge par la théorie de l’utilité escomptée : l’individu rationnel pondère la satisfaction de chaque résultat possible par sa probabilité.
Comment Becker explique-t-il l’addiction ?
Le texte ci-dessus oppose à Becker le cas de l’alcoolique. Becker avait vu l’objection et choisi de l’affronter. Avec Kevin Murphy, il publie « A Theory of Rational Addiction » (Journal of Political Economy, 1988) : la consommation d’un produit addictif peut y être le choix d’un individu tourné vers l’avenir, qui sait que boire aujourd’hui augmentera son envie de boire demain et qui en tient compte. Le modèle ne dit pas que l’addiction est souhaitable ; il dit qu’elle peut s’analyser avec les mêmes outils que les autres choix.
Beaucoup d’économistes et de psychologues restent sceptiques. Les tentatives répétées d’arrêter, les rechutes et le regret exprimé par les personnes dépendantes cadrent mal avec un individu qui aurait choisi, en connaissance de cause, le parcours qu’il suit. Le débat reste ouvert, et il illustre bien la force et la limite de l’approche : elle explique beaucoup de comportements, au prix d’hypothèses que certains jugent irréalistes.
Quelles critiques vise la théorie du choix rationnel ?
La rationalité limitée. Herbert Simon publie en 1955 « A Behavioral Model of Rational Choice » (Quarterly Journal of Economics). Selon lui, l’information est incomplète, le temps compté et la capacité de calcul limitée : les individus ne cherchent pas la meilleure solution possible, ils retiennent la première qui leur paraît satisfaisante. Simon reçoit le prix Nobel en 1978 pour ses travaux sur la prise de décision dans les organisations.
Les biais psychologiques. En 1953, Maurice Allais montre que des choix très répandus, soumis à des économistes réputés, violent les axiomes de la théorie. Daniel Kahneman et Amos Tversky documentent ensuite des écarts systématiques : aversion aux pertes, effets de présentation, excès de confiance. Leur théorie des perspectives (1979) vaut à Kahneman le prix Nobel 2002 ; Richard Thaler le reçoit en 2017 pour ses contributions à l’économie comportementale.
Les objections sociologiques. Pour Pierre Bourdieu, les individus agissent surtout selon des dispositions acquises, non par calcul. D’autres relèvent le « paradoxe du vote » : une voix ne change presque jamais le résultat d’une élection, et pourtant des millions de personnes se déplacent pour voter.
La défense. Ses partisans répondent avec Milton Friedman (« The Methodology of Positive Economics », 1953) qu’une théorie se juge à la qualité de ses prédictions, et non au réalisme de ses hypothèses.
Que change le choix rationnel pour un investisseur ou un trader ?
L’efficience des marchés d’Eugene Fama (« Efficient Capital Markets : A Review of Theory and Empirical Work », Journal of Finance, 1970) prolonge directement cette hypothèse. Notons qu’elle n’exige pas que chaque investisseur soit rationnel : il suffit que les erreurs des uns soient corrigées par les autres, qui ont intérêt à les exploiter. En 2013, le comité Nobel a récompensé ensemble Fama et Robert Shiller, l’un des principaux critiques de l’efficience : les deux lectures du marché ont chacune leur part de vérité.
Pour un trader, cela donne une grille de lecture. Une nouvelle attendue par tous est en général déjà dans les prix ; ce qui fait bouger un marché, c’est l’écart entre ce qui arrive et ce qui était anticipé. À l’inverse, les moments où la rationalité collective se dérègle (euphorie, panique, ventes forcées) créent à la fois les plus grands dangers et les écarts de prix les plus marqués. Enfin, la meilleure façon de rester rationnel est souvent de décider avant d’être exposé à l’émotion : un plan de trading écrit à froid, avec son niveau de sortie, est un choix rationnel pris au moment où l’on est encore capable de le faire.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un choix rationnel en économie ?
C’est un choix cohérent avec les préférences de celui qui décide : parmi les options possibles, il retient celle qui lui apporte le plus de satisfaction, compte tenu de ses contraintes de budget, de temps et d’information.
Être rationnel, est-ce être égoïste ?
Non. La théorie ne dit rien du contenu des préférences. Un donateur qui choisit l’association où chaque euro sera le mieux employé agit de façon rationnelle. L’économie suppose souvent l’intérêt personnel par commodité, mais ce n’est pas une exigence de la théorie.
Quelle différence entre rationalité et rationalité limitée ?
La rationalité « parfaite » suppose que l’individu trouve la meilleure option. La rationalité limitée, notion forgée par Herbert Simon, admet qu’il manque d’information et de temps, et qu’il se contente d’une option satisfaisante.
Les marchés financiers sont-ils rationnels ?
En partie. Les prix intègrent vite l’information publique, ce qui rend difficile de battre le marché de façon régulière. Mais les bulles, les krachs et les excès de volatilité montrent que les comportements collectifs s’écartent parfois longtemps de la rationalité.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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