Analyse SWOT de BBVA : forces, faiblesses, opportunités et menaces

BBVA est une banque espagnole qui gagne la moitié de son argent au Mexique et une part croissante en Turquie, au point que l’Espagne lui rapporte moins que sa filiale mexicaine. Le groupe fait partie de l’Euro Stoxx 50 et sort d’une offre manquée sur Banco Sabadell. Voici son analyse SWOT, mise à jour avec les comptes de 2025 et du premier semestre 2026.
BBVA en chiffres
- Bénéfice attribué 2025 : 10,5 milliards d’euros, un record, en hausse de 4,5 % en euros et de 19,2 % à taux de change constants.
- Marge d’intérêts 2025 : 26,3 milliards d’euros, avec un coefficient d’exploitation de 38,8 %.
- Rentabilité des fonds propres tangibles 2025 : 19,3 %.
- Taille : 127 174 employés, 81,2 millions de clients actifs, plus de 25 pays et 859,6 milliards d’euros de bilan.
- Bénéfice 2025 par pays : Mexique 5,3 milliards d’euros, Espagne 4,2 milliards, Turquie 805 millions, Amérique du Sud 726 millions.
- Premier semestre 2026 : 6 051 millions d’euros de bénéfice attribué (+11,1 %) et une rentabilité des fonds propres tangibles de 22,2 %.
Forces de BBVA
Le Mexique, un pays dans le pays. BBVA México détient 26,17 % des prêts au Mexique (données de mai 2026) et a rapporté 5 264 millions d’euros en 2025, soit la moitié du bénéfice du groupe. Au premier semestre 2026, il en a encore dégagé 2 979 millions, davantage que l’Espagne.
Une machine à faible coût. Le coefficient d’exploitation, c’est-à-dire la part des revenus absorbée par les frais, est tombé à 37,8 % au premier semestre 2026.
Un capital en excès. Le ratio de fonds propres de base, qui mesure la solidité d’une banque, atteignait 12,9 % à fin juin 2026, au-dessus de la fourchette de 11,5 à 12 % que le groupe s’est fixée. Cet excédent est la réserve qui finance les rachats d’actions.
Un recrutement numérique. BBVA a gagné 11,5 millions de nouveaux clients en 2025, dont 66 % par les canaux numériques.
Faiblesses de BBVA
L’offre sur Sabadell, dix-sept mois pour rien. Annoncée le 9 mai 2024, relevée de 10 % en septembre 2025 (une action BBVA nouvelle pour 4,8376 actions Sabadell, sans numéraire), l’offre n’a recueilli le 16 octobre 2025 que 25,33 % du capital, soit 25,47 % des droits de vote. BBVA visait 50 % et n’a même pas atteint le minimum de 30 % sous lequel l’offre devenait caduque. Carlos Torres, son président, a résumé : « Ce n’est pas le résultat que nous attendions, mais nous le respectons et refermons ce chapitre. »
Des résultats qui fondent au change. En 2025, le bénéfice a progressé de 19,2 % à taux de change constants, mais de 4,5 % seulement en euros. Le peso mexicain, la livre turque et les monnaies sud-américaines prélèvent leur part avant l’actionnaire.
Un coût du risque élevé. Le coût du risque du groupe atteint 1,43 % au premier semestre 2026 et 3,26 % au Mexique, contre 0,31 % en Espagne. Les dépréciations d’actifs financiers ont augmenté de 24,2 % sur un an : le crédit à forte marge se paie en impayés.
Une Espagne qui piétine. Le bénéfice espagnol n’a progressé que de 2,3 % au premier semestre 2026, avec une marge d’intérêts en hausse de 4,1 %. Le marché domestique est mûr.
Opportunités pour BBVA
Rendre le capital que Sabadell aurait absorbé. Sitôt l’offre échouée, BBVA a repris le rachat ordinaire de 993 millions d’euros lié à l’exercice 2024, achevé le 10 décembre 2025. S’y est ajouté un programme extraordinaire distinct de 3 960 millions, lancé le 22 décembre 2025 et terminé début août 2026, puis un nouveau programme extraordinaire de 2 milliards annoncé le 30 juillet 2026. Dividendes et rachats liés à l’exercice 2025 dépassent 9,2 milliards d’euros.
Garanti, si la Turquie se normalise. BBVA détient 85,97 % de Garanti BBVA depuis son offre de 2022 (première entrée au capital en 2011). La Turquie a rapporté 532 millions d’euros au premier semestre 2026 (+29,1 % à change courant), avec des crédits en livres turques en hausse de 41,6 %. Une désinflation durable transformerait cette filiale volatile en second Mexique.
La banque d’entreprise hors des pays principaux. Les activités regroupées hors des grandes zones, notamment la banque d’entreprise et d’investissement, ont gagné 508 millions d’euros au premier semestre 2026 (+60 %), avec des crédits en hausse de 52,5 %.
Un plan ambitieux, désormais à portée. Le plan 2025-2028 vise environ 48 milliards d’euros de bénéfice cumulé et une rentabilité moyenne des fonds propres tangibles d’environ 22 %. Après 19,3 % en 2025, le premier semestre 2026 atteint 22,2 %.
Menaces pour BBVA
La Turquie reste la Turquie. Le taux de créances douteuses y atteint 4,1 % et le coût du risque 2,36 %. Une rechute de la livre ou un virage de politique monétaire peut effacer en un trimestre ce que Garanti a gagné en un an.
La taxe bancaire espagnole. L’impôt extraordinaire sur la banque a coûté 285 millions d’euros en 2024. Son remplaçant, un impôt sur la marge d’intérêts et les commissions, en a coûté 318 millions en 2025, dont 94 millions au seul quatrième trimestre. Madrid a pris goût à cette recette.
Un gouvernement qui pose ses conditions. En juin 2025, le Conseil des ministres a autorisé l’offre sur Sabadell à condition que les deux banques gardent pendant trois ans, prolongeables de deux, une personnalité juridique et un patrimoine séparés. Toute future opération en Espagne devra compter avec ce précédent.
Principaux concurrents de BBVA
- Espagne : Santander, CaixaBank, Banco Sabadell, Bankinter.
- Mexique : Banorte, Santander México, Banamex.
- Turquie : İş Bankası, Akbank, Yapı Kredi.
- Amérique du Sud : Bancolombia, Credicorp, Itaú.
Le regard du trader
Je ne trade pas BBVA : je ne trade qu’un seul marché, le future sur le Nasdaq. Mais je regarde le titre, parce qu’il est l’une des rares valeurs de l’Euro Stoxx 50 qui donne à la fois des nouvelles de la banque européenne, du peso mexicain et de la livre turque.
Trois choses le font bouger. D’abord les opérations de croissance externe, que le marché n’aime pas : le 17 octobre 2025, au lendemain de l’échec sur Sabadell, BBVA gagnait plus de 5 % à Madrid en début de séance, tandis que Sabadell perdait plus de 6 %. Ensuite les rachats d’actions : le 30 juillet 2026, un bénéfice trimestriel de 3 062 millions d’euros, contre environ 2 960 attendus selon Reuters, et un nouveau programme de 2 milliards ont fait gagner 2,3 % au titre en séance. Enfin les devises émergentes, qui décident de ce qu’il reste en euros.
Une banque très rentable dans des pays à risque reste une banque dans des pays à risque. Les bonnes années de crédit précèdent souvent les années de provisions, et la rentabilité du premier semestre 2026 ne garantit pas la suite du cycle.
Cette analyse est informative et ne constitue pas un conseil en investissement.
Sources
- BBVA, résultats annuels 2025 (5 février 2026)
- BBVA, résultats du premier semestre 2026 (30 juillet 2026)
- BBVA, BBVA en 2025 (mars 2026)
- BBVA, programme extraordinaire de rachat d’actions de 3 960 millions d’euros (décembre 2025)
- BBVA, fin du programme extraordinaire de rachat d’actions (5 août 2026)
- El Observador, annonce de l’offre sur Banco Sabadell (9 mai 2024)
- BBVA, amélioration de l’offre sur Banco Sabadell (22 septembre 2025)
- Legal Today, conditions du gouvernement espagnol (25 juin 2025)
- The Corner, échec de l’offre sur Banco Sabadell (17 octobre 2025)
- Ara, résultat de l’offre sur Banco Sabadell (16 octobre 2025)
- BBVA, participation de 86 % dans Garanti BBVA (18 mai 2022)
- GBM, réaction du titre aux résultats semestriels (30 juillet 2026)
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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